
Simone Kahn dans l’atelier du 42, rue Fontaine, vers 1927, photographie © Collection particulière, Paris.
Appel à communication
« Femmes du surréalisme : archives, réseaux, engagements (1920-1980) »
Journées d’études à l’occasion du lancement de l’exposition virtuelle « Simone Kahn, trajectoires surréalistes »
26 – 27 novembre 2026 — DFK Paris
Centre allemand d’histoire de l’art (DFK Paris)
Association Atelier André Breton (AAAB)
Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes (LARHRA)
Centre de recherche Histoire culturelle et sociale de l’art (HiCSA)
Ces journées d’études accompagnent l’inauguration de l’exposition virtuelle « Simone Kahn, trajectoires surréalistes », présentée par le DFK Paris avec le soutien de l’Association Atelier André Breton. Cette exposition rassemble les reproductions de centaines de documents inédits — correspondances, catalogues, coupures de presse et photographies — issus des archives personnelles de Simone Kahn (1897-1980), mettant à disposition de la communauté scientifique un corpus jusqu’ici resté largement inaccessible, qui couvre un demi-siècle d’histoire du surréalisme.
Longtemps retenue par l’historiographie pour avoir été la première épouse d’André Breton, Simone Kahn se révèle, à travers la publication, en 2005 puis en 2016, de ses correspondances avec Denise Lévy et avec Breton, comme membre à part entière du groupe surréaliste et interlocutrice privilégiée des peintres et des poètes dans les années 1920. Comme le confirment ses archives, elle est présente à chaque moment fondateur du mouvement, depuis sa participation aux activités collectives, jusqu’à son rôle dans la constitution de la célèbre collection réunie avec son époux au 42 rue Fontaine. Au-delà de cette chronologie, ces mêmes archives permettent de reconstituer la trajectoire encore méconnue de Simone Kahn, une trajectoire marquée, jusqu’à sa disparition en 1980, par ses engagements. Engagement politique d’une part : elle milite au sein de la Gauche communiste, de la Gauche révolutionnaire, auprès des républicains espagnols, dans la Résistance, puis en faveur des luttes anticolonialistes et féministes. Engagement artistique de l’autre : outre son importante collection, elle dirige les galeries « Artiste et Artisan » et « Furstenberg » entre 1948 et 1965, où elle fait dialoguer les surréalistes de la première génération avec de jeunes artistes internationaux, contribuant au renouvellement des réseaux du mouvement après la guerre.
Dans la continuité de cette exposition virtuelle consacrée à Simone Kahn, les journées d’études invitent à une réflexion plus générale sur le parcours des femmes du surréalisme qui ont contribué à la dynamique artistique, littéraire et politique du mouvement, par des productions et des initiatives plurielles, hybrides, souvent difficiles à identifier et à classer dans l’historiographie du surréalisme (elles sont nombreuses, comme Gala, Nusch Éluard, Suzanne Muzard, Denise Lévy, etc.). Leurs rôles — collectionneuses, galeristes, militantes, traductrices, éditrices, critiques, mécènes, organisatrices, passeuses de réseaux — se confondent souvent avec la vie quotidienne du mouvement : présence aux réunions, participation aux activités collectives, contribution à la production, à la diffusion et à la circulation des œuvres et des idées, sociabilités intellectuelles et affectives sans lesquelles le groupe n’aurait pu exister. Ces journées d’études invitent aussi à ressaisir les trajectoires plus fugaces de celles dont les liens avec le surréalisme ont été plus ponctuels ou intermittents — et dont la trace dans les archives reste largement à reconstituer. Question d’autant plus actuelle que les expositions les plus récentes consacrées au surréalisme, si elles ont profondément renouvelé l’historiographie en donnant une visibilité à de nombreuses artistes longtemps minorées, tendent néanmoins, par leurs dispositifs muséographiques, à privilégier les contributions qui prennent la forme d’œuvres exposables, laissant plus difficilement apparaître celles des femmes dont l’engagement s’est exercé autrement. Au-delà d’un simple élargissement du corpus des artistes reconnues, l’enjeu est donc d’interroger les catégories mêmes à travers lesquelles s’écrit l’histoire du surréalisme et les formes de participation qu’elle privilégie ou laisse dans l’ombre.
En partant du parcours de Simone Kahn, plusieurs axes se dessinent pour ces journées d’études, sans toutefois s’y restreindre :
Axe 1 — Archives et invisibilité historiographique : des trajectoires irréductibles à l’œuvre
Penser la place de celles qui n’ont laissé ni œuvre plastique ni œuvre littéraire surréaliste substantielle, mais dont le nom ou l’image apparaît dans les publications de l’époque, et dont les archives attestent une présence continue et un rôle structurant dans la vie du groupe, à travers leur participation aux expériences artistiques et poétiques surréalistes collectives, ou leurs activités de correspondance, de traduction, d’édition, de critique, d’animation de revues et de sociabilité intellectuelle. Comment écrire l’histoire de trajectoires qui échappent aux catégories usuelles de l’histoire de l’art et que seule l’archive donne à voir ? Comment prendre en compte la singularité de ces archives, dont la conservation, le classement et la mise à disposition font eux-mêmes l’objet d’une histoire à interroger ?
Axe 2 — Parcours politique des femmes du surréalisme
Antifascistes, antistaliniennes, résistantes, anticolonialistes ou féministes, autrices ou signataires de tracts, militantes ou activistes : le parcours politique des femmes du surréalisme, mis en lumière par les archives, n’a à ce jour fait l’objet d’aucune étude spécifique. Pourtant, les conditions de leur engagement, exclues qu’elles étaient de la vie politique française, s’inscrivent dans des questionnements et des contextes différents de ceux de leurs homologues masculins. Une attention pourra être portée au renouvellement de cet engagement sur le temps long, dans l’héritage du surréalisme, et en particulier aux relations entre les femmes du surréalisme et les différents mouvements féministes, encore peu étudiées dans leur diversité, entre proximité et prise de distance (de Simone Kahn, qui revendique son adhésion au Mouvement de libération des femmes, aux prises de position d’Annie Le Brun contre « l’idéologie néo-féministe » dans Lâchez tout (1977), en passant par Lise Deharme, qui détourne le M.L.F. en « Mouvement de Libération des Fées », etc.).
Axe 3 — Médiation, galeries et réseaux : femmes galeristes, collectionneuses ou mécènes du surréalisme
Ce point pourra examiner leur rôle, avant et après la guerre, dans la défense, la diffusion, le financement, la circulation et la transmission des œuvres, des écrits et des idées surréalistes, ainsi que dans le soutien aux peintres et aux poètes sous diverses formes : exposition, édition, commande, intermédiation auprès des institutions (Peggy Guggenheim, Divonne Ratton et d’autres). Une attention particulière pourra être portée aux réseaux et aux amitiés que ces femmes nouent entre elles, et qui dessinent une histoire parallèle, encore largement inexplorée, de solidarités féminines au sein du surréalisme. Des études de cas pourront également porter sur les artistes que les galeries de Simone Kahn, « Artiste et Artisan » et « Furstenberg », ont représentés (Edgar Jéné, Endre Rozsda, Agustín Fernández, Delia Nimo, etc.), et sur les circulations qu’ils dessinent entre la France, l’Allemagne, le Pérou, l’Argentine et Cuba.
Modalités de soumission
Les propositions de communication (300 à 400 mots), accompagnées d’une courte notice biographique, sont à envoyer à co******************@***il.com avant le 20 septembre 2026.
Les communications, d’une durée de 25 à 30 minutes, pourront être présentées en français ou en anglais.
Comité scientifique et organisateur
Jules Colmart, ATER et doctorant à l’École normale supérieure, Paris
Julia Drost, directrice de recherches, Centre allemand d’histoire de l’art (DFK Paris)
Alice Ensabella, maîtresse de conférences, Université Grenoble Alpes, LARHRA
Hélène Meisel, professeure, École européenne supérieure d’art de Bretagne, Rennes
Katia Sowels, maîtresse de conférences, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, HiCSA
