Appel à communication : La couleur rose. Usages et réception au prisme du genre

Alexander Roslin, Portrait de jeune homme, c. 1775, huile sur toile, 61 × 49.9 cm

La couleur rose et ses usages ont subi certains aléas dans leur réception en Europe. Couleur qui devient autonome durant la première moitié du XVIIIe siècle, le rose envahit la mode, les arts décoratifs et la peinture au contact du style Rocaille. Sa promotion est rendue sensible par l’invention du terme ‘rose’ en français ou de ses équivalents européens pour désigner cette teinte. Cette dernière est obtenue par une conjonction de facteurs techniques et culturels dans un contexte de perfectionnements de la teinturerie et de commercialisation mondialisée (importation du colorant « bois de braise », entrée des roses chinoises de couleur rose sur le marché floral, etc.). Au cours des siècles, bien qu’associé à la culture galante, le rose devient plus spécifiquement féminin, voire frivole et polémique, avant d’être réinvesti dans ses différentes variations éclectiques. Cette journée entend réévaluer ces associations et les valeurs qui sont alors perçues, revendiquées ou détournées par les créateurs et les penseurs, mais aussi par d’autres communautés plus marginalisées, masculines comme féminines. Il s’agira de repenser les modes de représentation et de réception d’une couleur connotée jusqu’à nos jours de valeurs qui se sont cristallisées au XVIIIe siècle, où le rose attire autant qu’il repousse.

Conçue comme un préalable scientifique à la préparation de l’exposition coproduite par le musée Fabre et le Musée d’arts de Nantes, portant sur la couleur rose (prévue fin de l’année 2028), la journée d’études s’inscrit dans une perspective d’histoire culturelle et d’histoire du genre, afin de développer et d’enrichir la réflexion portée par l’exposition. Ce sujet mobilisera des approches en histoire sociale et économique, histoire de l’art, de la mode et des arts décoratifs, histoire du genre, littérature, philosophie et anthropologie. Il permettra de croiser les méthodes de compréhension des discours et des objets à travers l’invitation faite à des professionnels de musée et des universitaires. Dans les interactions entre les techniques et les médiums, dans les dialogues entre les arts et les affects plus intimes des acteurs et actrices de cette réception ambivalente, la journée traitera d’une diversité d’objets : productions picturales (peintures, estampes, dessins), mais également sculpture, arts décoratifs (céramique, décors peints et textiles, papiers peints…), mode et costume, arts visuels (performance, cinéma).

Nous souhaitons que les propositions viennent interroger les croisements entre les études sur la couleur et les études de genre, tout en permettant des incursions vers les études post-coloniales et queer. L’émergence de la couleur rose et la prééminence qui lui est accordée sont fortement corrélées aux théories raciales à l’œuvre au cours du XVIIIe siècle. Sans être au cœur du sujet de la journée d’étude, cet aspect ne pourra pas être éludé. Par ailleurs, les aléas de sa réception complexe, au moment où se renforcent les usages genrés des objets, renforcent ou nuancent la division masculin/féminin, qui accorde au rose le primat de l’univers « naturel » des jeunes filles. Le rose devient l’étendard des cultures LGBTQI+, d’abord comme signe d’une sensibilité exacerbée, à partir des théories essentialistes de l’homosexualité associées à l’efféminement du masculin, puis comme expression d’une fierté et d’une revendication.

L’attention sera portée aux dialogues entre les époques et les différents contextes occidentaux, afin de rendre compte des discontinuités, impermanences et ruptures qui s’opèrent dans l’appropriation, l’assimilation ou le rejet de cette couleur connotée dans les cultures visuelles et matérielles. Les propositions de communication sont invitées à s’inscrire dans un ou plusieurs des axes et des enjeux proposés ci-dessous, sans que cette liste soit exhaustive :

Le rose, sa production et ses usages afin de mettre en lumière les conditions matérielles et économiques d’émergence et de fabrication jusqu’à aujourd’hui de cette couleur :  les médiums, les matières et les techniques (colorants, pigments, teinture naturelles ou synthétiques) ; les lieux de conception, de production et de diffusion ; les taxinomies, la terminologie et les proximités avec les autres couleurs ; les supports matériels et visuels de visibilité associés au rose, comme le bois, le tissu, l’émail ou encore le papier, jusqu’aux colorants synthétiques et aux nouveaux matériaux comme le plastique, le latex ou le chewing-gum ; les espaces de circulation, de remplois et de médiatisation de la couleur (hygiéniste, du décor, etc.)

Les représentations et discours autour du rose :  la rhétorique d’adoption, de valorisation et de rejet de la couleur ; les témoignages de ses usages intimes et publics (portraits, caricatures, etc) ; les associations et les amalgames avec les stéréotypes de sexe et de genre liés au féminin et à l’homosexualité ; les rapports à la galanterie, à l’érotisme ou au romantisme ; les liens avec les sciences naturelles comme la botanique et avec les sciences anatomiques, dans ses considérations racialistes autour l’incarnat de la peau ; les aléas du goût et les proximités avec le kitsch ou le camp.

les remplois, appropriations, détournements et mésusages symboliques : les liens contrastés entre le rose et les cultures populaires, entre l’analyse du marketing, de la sémiologie ou de la sociologie de genre ; les personnalités historiques, acteurs et actrices associées au rose ; les remplois contemporains, subversifs et politiques de la couleur dans les cultures féministes et LGBT ; les usages conservateurs associant le rose à une féminité traditionnelle.

Modalités de soumission

Les propositions de communication (titre + résumé de 300 mots maximum, accompagnés d’une courte bio-bibliographie) sont à envoyer avant le 18 octobre 2026 à l’adresse suivante : ro**@**ha.fr Les communications d’une durée d’une vingtaine de minutes pourront être présentées en français ou en anglais.

Les frais de déplacement des intervenantes et intervenants seront pris en charge par les institutions organisatrices.

Comité d’organisation : Damien Delille (INHA), James Horton (INHA), Juliette Trey (musée Fabre de Montpellier), Marlen Schneider (Université Grenoble Alpes)

Comité scientifique : Marie Dupas (Musée d’arts de Nantes), Damien Delille (Institut national d’histoire de l’art), Mechthild Fend (Goethe-Universität Frankfurt ), Aurélia Gaillard (Université BordeauxMontaigne), Melissa Hyde (University of Florida), Marlen Schneider (Université Grenoble Alpes), Juliette Trey (musée Fabre de Montpellier)

Bibliographie

Albinson, Cassandre (dir.), Madame de Pompadour: Painted Pink. Cambridge, MA: Harvard Art Museums, 2022.

Philippe Bordes, « Le genre de l’art en France autour de 1800 », Perspective, 4 | 2007, 679-692.

Bideaux, Kevin, Rose, Une couleur aux prises avec le genre, Paris, éditions Amsterdam, 2023

Fend, Mechthild, Fleshing out Surface. Skin in French Art and Medicine, Manchester University Press, 2017

Finamore, Michelle (dir.), Pink, cat. expo., Fine Arts Museum, Boston, 3 octobre 2013 – 26 mai 2014

Gaillard, Aurélia, « Le rose des Lumières. (Identités visuelle, sociale et sexuée du rose) », Lumières (2020): 31–64

Gaillard, Aurélia, L’Invention de la couleur par les Lumières de Newton à Goethe, Paris, Les Belles Lettres, 2024.

Hyde, Melissa, « Men in Pink: The Petit-Maître, Refined Masculinity, and Whiteness », Journal18, Issue 17 Color (Spring 2024), https://www.journal18.org/7284.

Lafont, Anne « How Skin Color Became a Racial Marker: Art Historical Perspectives on Race », Eighteenth-Century Studies 51, no. 1 (2017)

Mollard-Desfour, Annie, Le Dictionnaire des mots et expressions de couleur du XXe siècle. Le Rose, Paris, CNRS éd., 2002.

Naimitz, Barbara, Pink : The Exposed Color in Contemporary Art and Culture, Hatje Cantz, 2006

Pastoureau, Michel, Rose, histoire d’une couleur, Seuil, 2024

Steele, Valerie (dir.), Pink: The History of a Punk, Pretty, Powerful Color, New York: Thames and Hudson, 2018

 

Call for Papers

The Color Pink: Uses and Reception Through the Lens of Gender

The color pink and its uses have undergone certain shifts in how they have been received in Europe. A color that gained its own identity during the first half of the 18th century, pink took the fashion world, the decorative arts, and painting by storm as part of the Rocaille style. Its popularity is evident from the coining of the term ‘rose’ in French – or its European equivalents – to describe this shade, and was brought about by a combination of technical and cultural factors against a backdrop of advances in dyeing techniques and globalized trade (the import of the ‘bois de braise’ dye, the arrival of pink Chinese roses on the flower market, etc.). Over the centuries, although associated with gallant culture, pink became more specifically feminine—even frivolous and controversial—before being reclaimed in its various eclectic variations. This study day aims to reevaluate these associations and the values that were then perceived, claimed, or subverted by creators and thinkers, as well as by other, more marginalized communities—both male and female. The goal is to rethink the ways in which a color—one that to this day carries connotations of values crystallized in the 18th century, when pink was as alluring as it was repulsive—is represented and received.

Conceived as a scholarly prelude to the exhibition on the color pink—co-produced by the Musée Fabre and the Musée d’Art de Nantes and scheduled for late 2028—this symposium adopts a cultural history and gender history perspective to further develop and enrich the exhibition’s themes. This topic will draw on approaches from social and economic history, art history, fashion and decorative arts, gender history, literature, philosophy, and anthropology. It will facilitate the integration of methods for understanding discourses and objects through the participation of museum professionals and academics. Through the interactions between techniques and media, and the dialogues between the arts and the more intimate emotions of the participants in this ambivalent reception, the conference will address a diverse range of objects: pictorial works (paintings, prints, drawings), as well as sculpture, decorative arts (ceramics, painted decorations and textiles, wallpaper…), fashion and costume, and the visual arts (performance, film).

We hope that the proposals will explore the intersections between color studies and gender studies, while also allowing for forays into postcolonial and queer studies. The emergence of the color pink and the prominence accorded to it are strongly correlated with the racial theories at work during the 18th century. While not the central focus of this seminar, this aspect cannot be ignored. Furthermore, the complexities of its reception—at a time when gendered uses of objects are becoming more entrenched—either reinforce or nuance the male/female divide, which assigns pink the primacy of the “natural” world of young girls. Pink has become the banner of LGBTQI+ cultures, first as a sign of heightened sensitivity—based on essentialist theories of homosexuality associated with the effeminization of masculinity—and later as an expression of pride and advocacy.

Attention will be focused on dialogues across historical periods and various Western contexts, in order to account for the discontinuities, impermanence, and ruptures that occur in the appropriation, assimilation, or rejection of this color—with its specific connotations—within visual and material cultures. Proposals for papers are invited to address one or more of the themes and issues outlined below, though this list is not exhaustive:

– The color pink, its production, and its uses, with the aim of highlighting the material and economic conditions surrounding the emergence and manufacture of this color up to the present day:  the mediums, materials, and techniques (colorants, pigments, natural or synthetic dyes); the locations of design, production, and distribution; the taxonomies, terminology, and relationships with other colors; the physical and visual media associated with pink, such as wood, fabric, enamel, and paper, as well as synthetic dyes and new materials like plastic, latex, and chewing gum; the contexts in which the color circulates, is repurposed, and is featured in the media (in hygiene, interior design, etc.)

– Representations and discourses surrounding pink:  the rhetoric of adoption, valorization, and rejection of the color; accounts of its intimate and public uses (portraits, caricatures, etc.); associations and confusions with sex and gender stereotypes linked to femininity and homosexuality; relationships to gallantry, eroticism, or romanticism; connections to the natural sciences such as botany and to the anatomical sciences, particularly in racialist considerations regarding skin tone; the vagaries of taste and affinities with kitsch or camp.

– symbolic reappropriations, appropriations, detournements, and misuses: the contrasting connections between the color pink and popular cultures, as well as analyses from the fields of marketing, semiotics, and gender sociology; historical figures, actors, and actresses associated with the color pink; contemporary, subversive, and political reinterpretations of the color in feminist and LGBT cultures; conservative uses associating pink with traditional femininity.

Submission Guidelines

Proposals (title + abstract of no more than 300 words, accompanied by a short bio-bibliography) must be submitted by October 18, 2026, to the following address: ro**@**ha.fr Presentations, lasting approximately 20 minutes, may be delivered in French or English.

Travel expenses for presenters will be covered by the organizing institutions.

Organizing Committee: Damien Delille (INHA), James Horton (INHA), Juliette Trey (musée Fabre de Montpellier), Marlen Schneider (Université Grenoble Alpes)

Scientific Committee:  Marie Dupas (musée d’Arts de Nantes), Damien Delille (INHA), Mechthild Fend (Goethe-Universität Frankfurt ), Aurélia Gaillard (Université Bordeaux-Montaigne), Melissa Hyde (University of Florida), Marlen Schneider (Université Grenoble Alpes), Juliette Trey (musée Fabre de Montpellier)

 

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