Appel à communication : « Sexualités et interdits au Moyen Âge » (Paris, mai-juin 2016)

Anonyme, Adam et Eve, Moyen âgeEve en entraînant Adam dans le péché originel lui fait prendre conscience de sa nudité, et donc de sa sexualité. Ce sentiment de culpabilité se rencontre dans les trois religions du Livre, et aboutit à une série de règles, allant de la prohibition de l’adultère à celle de certaines positions sexuelles. Nous souhaitons approfondir les relations entre les sexualités et les interdits qu’elles ont entraînés. Ceux-ci seront vus surtout sous l’angle du pouvoir religieux et du pouvoir politique qui s’en est emparé. Qui dit interdit, dit aussi stratégies de contournement : il s’agira aussi de déconstruire l’image d’un Moyen Âge réprimant la sexualité, pour laisser la place à toutes les formes de jeu avec les normes qu’impliquent ces règles et leurs applications.

Les normes
Le premier épisode du Livre qui marque avec force les règles sexuelles dans la société est Sodome et Gomorrhe, cités détruites par Dieu en raison de la débauche de leurs habitants. Plus encore, le respect du dixième commandement est un interdit majeur des religions monothéistes, comme en atteste l’épisode de Bethsabée et de David. Pourtant, selon les travaux de David Biale, la religion juive oscille bien souvent entre la promotion de l’ascétisme et une théologie de la procréation. Les débuts du christianisme proposent un nouveau modèle de vie : l’abstinence. Celle-ci est promue par les premières saintes à l’image de Marguerite d’Antioche qui fait le vœu de rester vierge et, pour cette raison, subit le martyre. Plus tard au contraire, la bonne épouse est mise en avant, respectant les périodes d’interdits sexuels tout en accomplissant ses devoirs conjugaux, à l’image de Brigitte de Suède. Enfin, le Coran reprenant la figure de Loth, condamne la débauche, liste une série d’interdits visant directement l’inceste, mais donne somme toute une vision bien plus hédoniste de la sexualité.

Ces normes religieuses s’adaptent ensuite à la société ; elles sont commentées, interprétées et diffusées à travers les traités théologiques, les sermons, la pastorale, et les lois.

Les représentations
Ces interdits sexuels sont aussi mis en image ou en texte. Les scènes de Jugement Dernier, des mystères de de la Passion et des tentations des saints dévoilent des pratiques interdites, sous couvert de raisons religieuses, comme c’est le cas du fameux tableau de Jérôme Bosch, La Tentation de saint Antoine conservé à Lisbonne. On retrouve la même ambiguïté dans la littérature, entre les sermons et les récits hagiographiques d’une part, les romans courtois ou les fabliaux d’autre part. L’amour adultère de Lancelot et Guenièvre ou d’Héloïse et Abélard est condamné mais sert en même temps de modèle. La littérature arabe n’est pas en reste : certains pans de la poésie hispanique arabe jouent avec l’interdit de l’homosexualité en proposant un modèle d’amour chaste entre hommes, l’amour udri. La littérature, transgressant certains interdits moraux et religieux, finit par proposer une autre vision de la sexualité.

Les pratiques
Comment les pratiques naviguent-elles ensuite entre ces normes et leurs représentations ? Tout d’abord par le passage de normes religieuses à des normes civiles, puis la reprise en main de la moralité par les autorités publiques qui s’effectue surtout à partir de la moitié du Moyen Âge. Les statuts de corporations, de confréries, ou de villes, les textes juridiques, ou encore les institutions ad hoc contrôlant la moralité, notamment sexuelle, de la population, en sont de bons exemples. Alors que la prostitution est mise sous tutelle par les autorités, l’homosexualité en revanche devient davantage réprimée. Ainsi, les archives judiciaires nous informent sur les procès pour sodomie, viol, et autres actes illicites punis par la loi. Elles permettent d’éclairer de façon bien plus concrète la marge de manœuvre des hommes médiévaux par rapport aux interdits et leur capacité à suivre d’autres normes.

Ces problématiques, comme on le voit, peuvent donner lieu à de multiples approches, de l’histoire à la théologie, de l’histoire de l’art à la littérature. Les propositions de toutes ces disciplines seront les bienvenues.

Questes est une association de jeunes chercheurs médiévistes. Les séminaires sur ce thème se tiendront les 20 mai et 10 juin 2016, de 18 à 20h, à la Maison de la Recherche de la Sorbonne (28 rue Serpente, 75005), en salle D116.

Merci de nous envoyer les propositions de communication d’une page maximum avant le 15 mars à ces adresses : elo.guilhem@gmail.com et catherine_kikuchi@hotmail.fr.

Les communications retenues pourront ensuite donner lieu à publication dans le bulletin de Questes, publié en version papier et numérique, sur revues.org (https://questes.revues.org/).

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