Appel à contributions : la taille et le trait. Dialogues entre dessin et estampe (XVe-XVIIIe siècle)

Colloque international organisé par Edina Adam, Antoine Chatelain, Pauline Chougnet, Jamie Gabbarelli, Nastasia Gallian et Chloé Perrot

Paris, 18-19 novembre 2026

Rembrandt, [Vieillard portant la main à son bonnet], eau-forte et pointe sèche sur chine retouchée à la plume à l’encre noire, 13,8×11,5 cm, 1639 (Paris, Bibliothèque nationale de France).

Dans son Dictionnaire des monogrammes (1747), Johann Friedrich Christ loue l’invention de l’estampe, « cet Art admirable nous procure de multiplier par milliers le dessein qu’on y a gravé & qui sans cela serait toujours unique en son espèce ». Pourtant, loin de se limiter à une simple relation de subordination où l’estampe ne ferait que reproduire et démultiplier le dessin, ces deux médiums ont développé des interactions de natures diverses qui redéfinissent les modalités de conception, de réalisation et de diffusion artistiques. Il semble dès lors essentiel de réinterroger les frontières qu’une approche trop restrictive tend à figer en opposant original et copie, invention et reproduction, et de repenser l’orientation trop souvent unidirectionnelle qui est donnée aux phénomènes de transmédialité se jouant aux interfaces entre le dessin et l’estampe. L’histoire partagée des deux médiums révèle en effet des dynamiques bien plus subtiles. Du dessin préparatoire à la gravure interprétative, de l’estampe servant de modèle au dessin qui s’en inspire, en passant par des pratiques hybrides et au dessin librement tracé sur la plaque en vue d’être imprimé, ces pratiques entretiennent un dialogue constant qui engage aussi bien les questions de technique que celles d’auctorialité et de circulation des formes.

Treize ans après les actes réunis par Dominique Cordellier et Cordélia Hattori sous le titre Dessiner pour graver, graver pour dessiner, ce colloque s’inscrit dans un renouvellement critique majeur des études sur les arts graphiques. L’examen des pratiques hybrides et des transferts entre médiums éclaire les processus de création dans leur complexité. Comment s’articulent les notions d’invention et de reproduction quand l’estampe devient elle-même source créative ? Dans quelle mesure les contraintes techniques de la gravure redéfinissent-elles les stratégies compositionnelles et stylistiques du dessin ? Quel rôle jouent les échanges entre dessinateurs et graveurs dans l’élaboration d’un langage visuel partagé ? Ce colloque propose d’explorer ces questions en croisant les approches historiques, techniques et esthétiques, afin de continuer à analyser les relations entrecroisées de la taille et du trait du XVe au XVIIIe siècle.

APPEL À CONTRIBUTIONS

Le colloque « La taille et le trait. Dialogues entre dessin et estampe (XVe-XVIIIe siècle) » invite chercheurs, conservateurs et historiens de l’art à proposer des communications qui enrichiront notre compréhension de ces interactions créatives complexes.

Les axes suivants sont proposés à titre indicatif et n’ont pas vocation à être exhaustifs. Les communications pourront s’inscrire dans l’un de ces axes ou proposer d’autres approches dès lors qu’elles interrogent les relations entre dessin et estampe.

  1. Processus créatifs
  • Fonctions du dessin dans la chaîne de production de l’estampe : dessin préparatoire, dessin d’après, calque, contre-épreuve…
  • Les techniques mixtes et pratiques hybrides (gravure corrigée, retouchée ou augmentée à la main ; expérimentations techniques ; difficulté d’identification de la technique volontairement ménagée par l’artiste ; etc.)
  • Adaptation des compositions du dessin aux contraintes de la gravure (inversion, format, traduction des valeurs)
  • Influence des outils sur le trait
  • Pratique des peintres graveurs
  1. Circulation des modèles et réseaux artistiques
  • Rôle des éditeurs et marchands dans l’évolution des pratiques
  • Collaborations entre dessinateurs et graveurs : division du travail, ateliers collectifs, signatures multiples
  • Les recueils d’estampes comme répertoires de formes pour les dessinateurs
  • Les phénomènes de copie, citation et appropriation entre dessin et gravure
  1. Théories et discours
  • Les traités techniques : de quelle manière prescrivent-ils les relations entre dessin et gravure ?
  • La hiérarchie des arts graphiques
  • « Invenit », « delineavit », « sculpsit » : construction de l’auctorialité et partage des rôles
  • Le graveur et la formation au dessin ; le rôle des copies d’après des modèles gravés dans la formation des dessinateurs
  1. Questions méthodologiques et épistémologiques
  • Les enjeux de l’attribution
  • Problèmes d’interprétation de la fonction des œuvres
  • L’apport des analyses techniques (infrarouge, radiographie) pour comprendre les processus de création et de correction
  • Historiographie : comment l’étude du dessin et de l’estampe a-t-elle influencé leur réception ?
  1. Les pratiques des collectionneurs
  • Collections entremêlant dessin et estampe ; modalités d’interaction des deux arts au sein des collections constituées à l’époque moderne
  • Compilation de recueils hybrides
  • Pratiques transmédiales d’appropriation : dessiner sur des estampes, recomposer une image à partir de matériaux dessinés et gravés, etc.

Modalités de soumission

Les propositions de communication (en français ou en anglais) doivent comprendre :

  • Un résumé de 1000 signes maximum présentant la problématique, la méthode et les principaux résultats attendus
  • Une courte notice biobibliographique
  • Une bibliographie sélective (10 références maximum)

Les communications auront une durée de 20 minutes, suivies de 10 minutes de discussion. Elles pourront être réalisées en français ou en anglais.

Date limite de soumission : 3 avril 2026

Notification aux auteurs : courant mai 2026

Envoi des propositions à : latailleetletrait@gmail.com

Publication

Les actes du colloque feront l’objet d’une publication dans une revue ou une collection scientifique de référence. Les textes définitifs (30 000 signes maximum, notes comprises) devront être remis dans les six mois suivant le colloque.

Comité d’organisation

Edina Adam, conservatrice des dessins (J. Paul Getty Museum)

Antoine Chatelain, doctorant en Histoire de l’Art (Université Lyon 2 / LARHRA)

Pauline Chougnet, conservatrice des dessins (Bibliothèque nationale de France)

Jamie Gabbarelli, conservateur des estampes et des dessins (The Art Institute of Chicago)

Nastasia Gallian, maîtresse de conférences (Sorbonne Université / Centre André-Chastel UMR 8150)
Chloé Perrot, conservateur du patrimoine (Institut national du Patrimoine)

Comité scientifique

Emmanuelle Brugerolles, conservateur général honoraire (ENSBA, Cabinet Jean-Bonna)

Maël Tauziède-Espariat, maître de conférences en Histoire de l’Art moderne (Université Paris Nanterre)

Sophie Raux, professeur d’Histoire de l’Art moderne (Université Lyon 2 / LARHRA)

Philippe Sénéchal, professeur émérite d’Histoire de l’Art moderne (Université de Picardie Jules Verne)

Caroline Vrand, conservateur (Musée du Louvre)

Informations pratiques

Lieu : Paris, Bibliothèque nationale de France (à confirmer)

Dates : 18-19 novembre 2026

Langues du colloque : français et anglais

Contact : latailleetletrait@gmail.com

Les frais de déplacement et d’hébergement des communicants seront pris en charge en fonction des financements obtenus.

Ce colloque s’inscrit dans la continuité des recherches récentes sur les arts graphiques et bénéficie du soutien de Sorbonne Université / Centre André-Chastel UMR 8150, du Comité national de l’estampe et de la Bibliothèque nationale de France.

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