Michael F. Zimmermann (1958-2025)
C’est peu dire que Michael F. Zimmerman était francophile ; pour lui la France était le jardin du bon dieu, selon un proverbe allemand qu’il m’avait révélé.
Avant même sa thèse sur Seurat à l’université de Cologne en 1985, un de ses premiers travaux académiques est son DEA (l’actuel master 2) soutenu à la Sorbonne « La crise de l’impressionnisme et l’autonomie de l’art ». Et nombreux furent ses essais, toujours stimulants, sur l’art en France, portant aussi bien sur Charles Blanc que sur Robert Delaunay et Bergson en passant par Eugène Carrière.
Mais Michael F. Zimmermann n’était pas seulement un « studioso » des arts en France entre 1800 et 1940, il était un passeur, toujours actif pour stimuler échanges et interactions entre l’Allemagne et la France. Il avait été invité à l’Ecole normale, à l’Université de Paris X Nanterre et avait fait passer le Rhin à de nombreux chercheurs français pour les accueillir à son université d’Eichstätt-Ingolstadt. Il connaissait bien le milieu académique français et a contribué à plusieurs revues (Histoire de l’art, Perspective). Surtout, il avait créé avec Ségolène Le Men, Enrico Castelnuovo et Salvatore Settis, Todd Porterfield et Joanne Lamoureux, Iris Lauterbach et Thomas Kirchner, Serena Romano, et Henri Zerner (puis, rapidement, Maria Grazia Messina) « l’École de Printemps », des séminaires annuels pour des jeunes historiennes et historiens de l’art. Il tenait beaucoup à ce lieu de rencontres intellectuelles qui permirent de tisser un réseau international en histoire de l’art et d’ouvrir les approches dans la discipline[1]. Il savait y créer une atmosphère conviviale et stimulante, comme à Eichstätt, avec ses étudiants qu’il aimait bien et qui le lui rendaient bien.
Cet esprit d’ouverture était dû peut-être à une carrière internationale, qui l’avait mené de Berlin à Rome et à Williamstown, des fonctions de vice-directeur du Zentralinstitut für Kunstgeschichte (1991-2002) au poste de professeur à Lausanne (2002-2004) avant d’être nommé à l’université catholique d’Eichstätt-Ingolstadt. Il était dû surement à une curiosité intellectuelle qui dépassait les disciplines, l’avait poussé à s’intéresser aussi bien aux liens entre art et philosophie qu’à toutes les formes de médiatisation[2]. Il avait ainsi écrit une belle et originale synthèse sur les arts dans la seconde moitié du XIXe siècle[3]. Cette culture savante, profonde, toujours en quête de découvertes avait permis à Michael F. Zimmermann d’être un des plus féconds chercheurs sur les arts, la critique et l’historiographie en Europe entre Baudelaire et le Futurisme[4].
Son sourire, son entrain, ses questionnements intellectuels nous manquent déjà.
Olivier Bonfait
[1] Voir la liste des thèmes et des lieux sur le site : https://www.proartibus.org/ecoles-de-printemps
[2] Pour un aperçu sur son parcours et ses recherches, voir l’article de Dominik Brabant sur le site du Zentralinstitut : Das Zentralinstitut für Kunstgeschichte trauert um Herrn Prof. Dr. Michael F. Zimmermann — Zentralinstitut für Kunstgeschichte. Le ZI organise une journée de commémoration en son honneur le 28 novembre 2025.
[3] Michael F. Zimmermann, Die Kunst des 19. Jahrhunderts : Realismus, Impressionismus, Symbolismus, Munich, Beck, 2011, p. 128. (pourquoi une page specifique ?)
[4] On trouvera plus d’une centaine de ses écrits (dont plusieurs en français) disponibles sur le site https://www.arthistoricum.net/ : archiv.ub.uniheidelberg.de/artdok/view/schriftenreihen/sr-74.html
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