Colloque international
Esthétiques migratoires : silences de la mémoire, culture matérielle et politique de l’ornement
Date : 17 décembre 2026
Lieu : Université de Picardie Jules Verne, Amiens, site Citadelle
Ce colloque international se propose d’examiner la manière dont les esthétiques migratoires reconfigurent les relations entre arts, artisanat et culture matérielle. L’histoire moderne occidentale a tracé des lignes de fracture durables entre théorie et pratique, technique et expression, artisan et artiste, producteur et usager, autant de frontières qui continuent d’orienter les hiérarchies de valeur au sein du champ artistique. Longtemps considérés à la marge du « grand art », l’artisanat, le « fait main » et les savoir-faire traditionnels connaissent aujourd’hui un renouveau majeur dans la création contemporaine, révélant des formes de connaissance, de mémoire et de résistance inscrites dans les gestes et les matériaux.
Ce colloque vise à analyser cet intérêt renouvelé en replaçant les pratiques esthétiques dans le cadre plus large des migrations des personnes, des langues, des techniques et des traditions artistiques. Les personnes migrantes transportent avec elles des vocabulaires esthétiques, des techniques ancestrales et des univers symboliques qui entrent en interaction, parfois dans la friction, parfois dans la fécondité, avec ceux des sociétés d’accueil. Comme le rappelle Homi Bhabha dans DissemiNation, la figure du migrant représente le retour d’une histoire coloniale réprimée, un retour qui déstabilise la nation et la transforme en un lieu d’hybridité postcoloniale. Les esthétiques migratoires permettent ainsi de penser la mobilité, le déplacement et le métissage non comme des phénomènes marginaux, mais comme des conditions constitutives de la production artistique contemporaine.
Contre les catégories établies, figées et hiérarchisées, cette approche met en avant la circulation des idées, des formes, des matériaux et des gestes et érige l’hospitalité radicale en horizon critique. Elle invite également à revaloriser des objets longtemps minorés dans l’histoire de l’art : textiles, céramiques, ornements, amulettes et, en particulier, bijoux. Une attention spécifique sera ainsi accordée à la politique de l’ornement et au rôle du bijou comme lieu de mémoire, de résistance et de transmission. Dans la lignée du livre d’Ariella Aïcha Azoulay, La Résistance des bijoux, qui envisage le bijou comme objet politique, affectif et historique, nous interrogerons la manière dont l’ornement peut être simultanément un outil de protection, une archive incarnée et un vecteur d’imaginaires diasporiques. Les bijoux afro-brésiliens tels que les penca de balangandã, fabriqués et portés par les femmes qui ont été réduites en esclavage, ou les femmes, libres après l’abolition de l’esclavage, offrent un exemple particulièrement éclairant : entre cosmologies africaines, techniques indigènes et matériaux imposés par l’économie coloniale, ces pièces hybrides témoignent des violences de la traite tout en manifestant une force de résilience, d’invention et de continuité culturelle. Ils sont exemplaires de ces esthétiques migratoires où se rencontrent mémoire, spiritualité, agency et syncrétisme.
Comment les bijoux, les ornements et les objets de parure déjouent-ils les frontières entre art, artisanat, design et culture matérielle ? Comment portent-ils des mémoires autrement effacées ou rendues silencieuses par la modernité coloniale, tout en constituant des espaces de transmission, de protection et de création de liens ? Que révèlent-ils des circulations de techniques, de matériaux, de croyances et de savoir-faire qui accompagnent les migrations à travers le temps et les territoires ? De quelles manières les artistes contemporains réactivent-ils ces héritages pour penser les déplacements, les identités plurielles, les appartenances diasporiques et les formes de résistance aux récits hégémoniques ? Plus largement, comment ces objets invitent-ils à repenser les catégories mêmes de l’histoire de l’art, en brouillant les distinctions entre œuvre et usage, esthétique et politique, création et transmission ?
En réunissant chercheurs, artistes, artisans, commissaires d’exposition et théoriciens, cette journée d’études cherchera à reconsidérer la place de la culture matérielle, et en particulier du bijou, dans les esthétiques contemporaines. Elle explorera la manière dont migrations, circulations et hybridations génèrent de nouveaux langages artistiques, et comment ces langages invitent à réécrire l’histoire de l’art depuis la mobilité et la relation.
Key note speaker : Ariella Aïcha Azoulay, Brown University, États-Unis
Modalités de soumission :
Les propositions de communication (250 mots maximum), accompagnées d’une courte biographie, sont à envoyer au plus tard le 5 octobre 2026 aux adresses suivantes :
an**************@********ie.fr
Organisé par Androula Michael (Université de Picardie Jules Verne et CERI) et Joaquin Barriendos (EAAD – School of Architecture, Art and Design, Tecnológico de Monterrey-Mexico)
Androula Michael : UPJV Amiens et CERI Sciences Po Paris
Joaquin Barriendos : EAAD – School of Architecture, Art and Design, Tecnológico de Monterrey-Mexico
Mônica Zielinsky : UFRGS, Porto Alegre, Brésil
Abdelaziz El Idrissi, Fondation nationale des musées du Maroc
Maya Derrien, Musée de Picardie
Lise Lerichomme, UPJV Amiens
Marine Schütz, UPJV Amiens
Fabiana de Moraes : Amiens Métropole

