Journée d’études : « Le reflet à l’œuvre : représentation, perception, fabrique du phénomène lumineux en art » (Paris, INHA, 22-23 janvier 2026)

Vérone, musée de Castelvecchio, ©AORUM

Journée d’études : « Le reflet à l’œuvre : représentation, perception, fabrique du phénomène lumineux en art » (Paris, INHA, galerie Colbert, 22-23 janvier 2026)

jeudi : salle Walter Benjamin

vendredi matin : salle Giorgio Vasari

Argumentaire 

Depuis quelques années, le développement des Sensory Studies en histoire de l’art tend à réintroduire la prise en compte des perceptions sensorielles dans l’analyse des œuvres (par exemple Constance Claassen pour le toucher, Erika Wicky pour l’odorat, Marta Battisti pour l’ouïe). En s’inscrivant dans ces approches, le workshop « reflets », qui se tiendra à l’INHA (Paris) les 22 et 23 janvier 2026, vise à appréhender de façon interdisciplinaire la question du reflet dans l’art du XVIe au XVIIIe siècle.

La définition du reflet a été de longue date associée à celle de la peinture (Furetière). Jouant des apports des savoirs de l’optique, ses effets accompagnent la transformation des jeux de lumière dans les tableaux et gravures de son interprétation spirituelle et religieuse vers sa progressive rationalisation. Le reflet ouvre l’horizon sur l’hors-champ du tableau, complexifie les perspectives, accentue la forme des volumes et renseigne sur la nature de la matière restituée. S’il est bien une des incarnations de la lumière représentée et invite à explorer la polysémie des sens attachés à ses usages, il se situe également à l’interface concrète entre l’œuvre et celui qui la regarde.

De plus en plus, les recherches s’intéressent en effet aux ambiances lumineuses et à la façon dont on crée ou dont on perçoit une œuvre (peinture, sculpture…) en prenant en compte la question de la place du sujet (artiste ou spectateur) par rapport aux dispositifs d’éclairage (naturel et artificiel). Elles considèrent l’œuvre comme un objet inscrit dans un environnement physique et atmosphérique, et non pas seulement comme une image, et prennent en compte le regard comme élément déterminant de la contemplation et de l’analyse.

Depuis deux décennies, les technologies numériques permettent d’élaborer des reconstitutions d’œuvres dans leur ambiance lumineuse d’origine, depuis leur réalisation au sein de l’atelier, jusqu’à leur lieu de destination. Les travaux pionniers menés par la recherche étatsunienne, encore peu développés en Europe, ont ouvert des pistes fructueuses à même de renouveler en profondeur les méthodes de l’histoire de l’art. L’analyse des reflets lumineux peints sur les surfaces réfléchissantes d’un tableau (comme sur le blanc de l’œil et la perle de nacre de la Jeune fille à la perle de Vermeer) apporte également des informations sur les sources d’éclairage mobilisées par le peintre (Stork et al. 2008), tandis que la notion de Pictorialized illumination, introduite par Justin Underhill, permet d’interroger les interactions phénoménologiques entre l’éclairage réel du lieu et les jeux de lumières, d’ombres et reflets peints. Les simulations numériques offrent la visualisation dynamique des différentes modalités de l’éclairage de l’œuvre et des jeux de reflets, selon l’heure du jour et les saisons (Underhill 2018, 2019). Ces approches s’inscrivent ainsi dans le champ des études de réception tout en mettant l’accent sur les conditions matérielles et les processus créatifs qui sont à l’origine de l’œuvre.

De plus, l’apparence visuelle d’une matière est au centre des préoccupations de chercheurs, cherchant à comprendre, extraire et restituer des attributs visuels tels que la couleur, mais également la brillance, la matité, la translucidité ou encore l’opacité [Simonot & al 2019, GDR appamat]. Ces caractéristiques sont particulièrement délicates à appréhender lorsqu’il s’agit de matières complexes, comme peut l’être la peinture, composée de métaux, de vernis, de couches pigmentaires diffusantes et de surfaces artistiquement travaillées. Elles ont stimulé les échanges disciplinaires avec les chimistes, opticiens, physiciens, restaurateurs et conservateurs, enrichissant l’histoire des techniques de surfaces (glacis, vernis).

Le reflet, issu de l’interaction de la lumière avec l’objet, devient d’une part un sujet de réflexion sur le choix des matières, de l’ambiance lumineuse et de la mise en scène, et, d’autre part, un véritable outil d’analyse des savoir-faire historiques.

Cette journée d’études Le reflet à l’œuvre : représentation, perception, fabrique du phénomène lumineux en art aura pour ambition de faire dialoguer des communications issues de divers domaines (histoire de l’art, histoire des sciences et des techniques, physique, informatique, philosophie) pour appréhender la question du reflet et des interactions entre lumière et œuvre à travers plusieurs axes de réflexion :

Programme

Journée 1 : 22 janvier

9h00 Accueil des participants

9h10 Mot de bienvenue : Anne-Solène Rolland (INHA)

9h15 Introduction : Anne Pillonnet (Institut Lumière Matière, université Lyon 1), Marie Thébaud-Sorger (Centre Alexandre-Koyré CAK-CNRS, Paris) et Romain Thomas (INHA)

Session 1 – Reflet de la matière, matière du reflet

Présidée par Christophe Renaud (Laboratoire d’Informatique Signal et Image LISIC, université du Littoral Côte d’Opale) et Romain Thomas (INHA)

9h40 “Alle de verwen van een regenboog vertoonend” (« Montrant toutes les couleurs d’un arc-en-ciel ») : peindre l’iridescence de la nacre dans la nature morte néerlandaise du XVIIsiècleClara Langer (Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes LARHRA, université Lyon 2 /université de Constance)

10h05 Reflets de matière, ce qu’ils révèlent: Anne Pillonnet (Institut Lumière Matière, université Lyon 1)

10h30 Discussion et pause

11h00 La perception visuelle du brillant et des refletsPascal Mamassian (Laboratoire des Systèmes Percerptifs LSP, École normale supérieure PSL)

11h25 Rendu des surfaces brillantes : entre réalisme physique et réalisme perceptuelSamuel Delepoulle (Laboratoire d’Informatique Signal et Image LISIC, Université du Littoral Côte d’Opale)

11h50 Peindre la lumière : les femmes, le portrait et la luminosité matérielle dans la Gênes du début de l’époque moderne / Painting Light: Women, Portraiture, and Material Luminosity in Early Modern GenoaAna Howie (Département d’histoire de l’art et d’études visuelles, université Cornell, Ithaca) (Intervention en anglais)

12h15 Discussion et pause déjeuner

Session 2 – Le reflet sur l’œuvre : l’ambiance lumineuse

Présidée par Christine Andraud (Centre de Recherche sur la Conservation CRC, Muséum national d’Histoire naturelle) et Ralph Dekoninck (Faculté de philosophie, arts et lettres, université catholique de Louvain)

14h00 Du bruit à l’extase, en quête de contemplation: Viviana Gobbato (Département Culture et Education Arc de Triomphe – CMN / Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines CHCSC, université Paris-Saclay)

14h25 L’art aux mains de la fée Électricité. Visiter le Salon la nuit (1879-1880): Agathe Ménétrier (INHA)

14h50 Capter le reflet, sonder la matière : dispositifs d’imagerie pour l’œuvre d’art et le corps humain: Mathieu Hébert (Institut d’Optique, université Jean Monnet Saint-Étienne)

15h15 Discussion et pause

15h50 La lumière du jour comme source lisible pour les contextes spatiaux et visuels de la fin du Moyen Âge : la nef de la cathédrale Notre-Dame de Freiberg (Saxe) / Daylight as a readable Source for Late Medieval Spatial and Visual Contexts: The Hall Nave of St. Mary’s Cathedral, Freiberg (Saxony) (Intervention en anglais): Lia Bertram (École des Beaux-Arts, Dresde)

16h15 Le calcul des reflets: Christophe Renaud (Laboratoire d’Informatique Signal et Image LISIC, université du Littoral Côte d’Opale)

16h40 Discussion

17h00 Conclusion de la journée

18h00 Visite patrimoniale, Banque de France (réservée aux intervenants)

 

Journée 2 : 23 janvier

9h00 Accueil des participants

Session 3  – Le reflet dans l’œuvre : symbole et « hors-champ »

Présidée par Martial Guédron (Laboratoire Arts, civilisation et histoire de l’europe ARCHE, université de Strasbourg) et Marie Thébaud-Sorger (Centre Alexandre-Koyré CAK-CNRS, Paris)

9h20 Au miroir de l’armure: Diane Bodart (Département d’histoire de l’art et d’archéologie, université Columbia, New York)

9h45 Quelques dispositifs réflexifs chez Philippe de Champaigne à Port-Royal de Paris : retour sur « une hypothèse saugrenue » de Louis Marin: Frédéric Cousinié (Groupement de Recherche en Histoire GRHis, université de Rouen-Normandie)

10h10 Discussion et pause

10h40 Usages du reflet chez Clara Peeters, Pieter Janssens Elinga et Jean Siméon Chardin: Matthieu Somon (Institut de recherche Religions, Spiritualités, Cultures, Sociétés RSCS, université catholique de Louvain)

11h05 Réfléchir les reflets dans l’emblématique du XVIIe siècle: Ralph Dekoninck (Faculté de philosophie, arts et lettres, université catholique de Louvain)

11h30 « Une journée au XVIIIe siècle. Chronique d’un hôtel particulier » : Lumière sur une exposition: Ariane James-Sarrazin (Musée des Arts décoratifs)

11h55 Discussion

14h00-16h30 Visite patrimoniale, Musée des Arts décoratifs (réservée aux intervenants)

En partenariat avec l’unité de recherche histoire des arts et des représentations – HAR (université Paris Nanterre) et le Centre de Recherche sur la Conservation – CRC (Muséum national d’Histoire naturelle / CNRS) dans le cadre de l’ANR-22-CE27-0010 ; et avec le Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes – LARHRA (CNRS / université Lyon 2) et le centre Alexandre-Koyré – CAK (CNRS / EHESS) dans le cadre de l’ANR-22-CE38-0009.

Avec la participation de la Banque de France et du MAD.

Comité d’organisation

Anne Pillonnet (ILM), Marie Thébaut-Sorger (CAK), Romain Thomas (INHA)

Avec la collaboration d’Arnaud Manas (Banque de France), d’Ariane James-Sarrazin (MAD) et de Juliette Pollet (MAD)

Avec la participation de Téoman Akgönül (INHA), Lynda Degouve (université Lyon 2 / LARHRA), Turner Edwards (INHA), Agathe Ménétrier (INHA) et Eva Robert (INHA)

Comité scientifique

Elliot Adam (université de Lille), Christine Andraud (CRC/MNHN), Gwladys Le Cuff (INHA), Sophie Raux (LARHRA/ université Lyon2), Christophe Renaud (LISIC/université Littoral Côte d’Opale), Marie Thébaud-Sorger (CAK/CNRS), Romain Thomas (INHA et HAR/université Paris Nanterre), Laurence de Viguerie (LAMS/CNRS), Dan Vodislav (ETIS/CNRS)

Source : AORUM

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