L’Université d’été « Recherches sur l’art du dix-septième siècle » se déplace à Montpellier au printemps 2027, à l’invitation du musée Fabre et avec le soutien des Amis du musée Fabre (AMF). Comme les deux précédentes éditions, cette rencontre est destinée à offrir un lieu et un temps privilégiés de rencontres entre professionnels et jeunes chercheurs, accueillant les recherches interdisciplinaires les plus stimulantes consacrées à l’art européen et extra-européen du xviie siècle (entendu largement, des années 1580 à 1720).
Différentes sessions, encadrées par des enseignants-chercheurs relevant de plusieurs disciplines (histoire de l’art, histoire, littérature, philosophie, musicologie), seront l’occasion de présenter et de discuter collectivement les recherches menées par les nouvelles générations de chercheurs.
Le soutien institutionnel apporté par les partenaires du projet permettra d’assurer la prise en charge d’une partie des frais engagés par les chercheurs invités.
L’événement, détaché du calendrier et des obligations académiques, se veut inclusif, pluriel, participatif ; il intégrera au moins une visite collective et les interventions seront publiées sur le carnet de recherche du projet.
« Exposer – Sur-Exposer – Sous-Exposer »
À l’hiver 2026-2027, le musée Fabre de Montpellier célèbrera les 400 ans du retour à Paris de Simon Vouet (1590-1649), en lien avec le musée des Beaux-Arts de Rennes et l’exposition Simon Vouet. Secrets d’atelier (21 novembre 2026-21 mars 2027). Il rouvre en effet le dossier d’une mystérieuse Hérodiade tenant la tête de saint Jean Baptiste (Les mystères de l’Hérodiade. Enquête au musée Fabre, 18 décembre-18 avril 2027).
Longtemps ignorée des historiens de l’art, cette peinture rapprochée de l’entourage de Vouet, puis du graveur Claude Mellan (1598-1688), est de nos jours devenu éponyme puisqu’elle est donnée au « maître de l’Hérodiade de Montpellier » actif entre Rome et Paris à la fin des années 1620. En réunissant une vingtaine de peintures et de gravures, cette rétrospective mettra en lumière l’entourage de Simon Vouet, précisera les relations qui associent ses différents membres, et s’attachera aux procédures déterminant l’attribution dont dépend, bien souvent, la visibilité et la reconnaissance d’un artiste. Cet événement questionne ainsi, à divers titres, les concepts et les mécanismes d’exposition, de sur-exposition ou de sous-exposition dont bénéficie ou pâtit un artiste.
Trois directions, concernant respectivement les musées (l’exposition), les historiens de l’art (l’écriture de la discipline) et les artistes (la production des œuvres), sont proposées à la réflexion des jeunes chercheuses et chercheurs. Les propositions pourront porter sur les divers arts du dessin (peinture, gravure, dessin, sculpture, architecture), sans exclure d’autres domaines (littérature, musique) qui pourront leur être confrontés de façon pertinente.
1.Montrer. Phénomènes culturels anciens devenus incontournables depuis la fin du xxe siècle, les expositions donnent corps aux évolutions de l’histoire de l’art, tout en contribuant à forger ou questionner les grands récits en les diffusant auprès d’un large public. Ces événements et les accrochages des musées tendent à sur-exposer certaines figures (les « maîtres » ou « héros » de l’histoire de l’art, auteurs d’œuvres autographes ou supposées telles), au détriment d’une production souvent plurielle et collective, et de logiques parfois concurrentes (les intentions divergentes du producteur, de l’exposant, du public et de son horizon d’attente). Mais qu’en est-il des figures sous-exposées, mineures car peu montrées ? Comment présenter ces artistes dans des expositions, au risque d’adopter une logique documentaire qui pourrait paraître contre-productive ? Que perd-on ou que gagne-t-on lorsqu’un tableau conçu pour une chapelle, une galerie, un palais, une collection ou un espace cérémoniel devient une œuvre isolée sur une cimaise, puis l’élément d’une exposition monographique ? Et réciproquement, dans quelle mesure les expositions contemporaines reconstituent-elles, inventent-elles ou effacent-elles les relations originelles entre les œuvres ?
2.Écrire. Mettre en valeur une œuvre ou un artiste lors d’une exposition suscite de nombreux enjeux épistémologiques pour l’histoire de l’art. La discipline a eu tendance en effet à surexposer les figures d’artistes (masculins le plus souvent) considérés comme majeurs. Les textes fondateurs, de Pline à Giorgio Vasari, en choisissant d’incarner l’histoire en une succession de biographies et de noms propres, ont entraîné la création de hiérarchies au profit d’artistes considérés comme les inventeurs les plus influents. L’histoire de l’art des xixe et xxe siècles, en relisant ces sources de manière sélective, a elle-même contribué à reléguer certaines figures jugées secondaires ou anonymes (requérant la compétence du connoisseurship), négligeant la dimension souvent collective de la production (l’atelier : ceux de Rubens, Rembrandt, Reni, Zurbarán, etc.), les disciples, imitateurs et autres suiveurs. Le concept du Kunstwollen (le « vouloir artistique ») d’Alois Riegl et, plus largement, l’histoire sociale de l’art et les visual studies, contribuent néanmoins à déconstruire ces hiérarchies et les figures hégémoniques. Mais peut-on se passer de hiérarchie ? Ce deuxième axe amène à questionner l’historiographie du xviie siècle, l’émergence de figures minoritaires, les phénomènes de décentrement qui ont remis en cause les perspectives d’études traditionnelles, jusqu’à générer paradoxalement de nouveaux phénomènes de sur-exposition qui constituent autant de biais pour la recherche.
3.Faire voir. L’exposition qui motive cette rencontre est consacrée à une peinture sans nom d’artiste identifié. L’anonymat incite en dernier lieu à se concentrer sur l’œuvre en tant que telle et à interroger, outre ses effets de sens, les dispositifs plastiques et les agencements visuels qui la construisent. Dans l’Hérodiade, le peintre, par certains procédés de cadrage, par la mobilisation de l’ombre ou le renoncement à tout décor, parvient à un effet d’intense présence de la demi-figure. Sans en rester aux seuls acteurs caravagesques ni même aux seuls peintres, ce troisième axe d’étude sera ainsi consacré à la manière dont les artistes sur-exposent et sous-exposent, en jouant sur certains éléments de la représentation du xviie siècle, notamment la lumière, les pratiques illusionnistes, l’interaction avec un contexte architectural ou décoratif, et en déterminant parfois les conditions d’exposition de leurs œuvres.
Candidater
Les candidats, historiens de l’art ou non historiens de l’art travaillant sur l’image, doivent : soit être inscrits en thèse ou bien en master 2 ou diplôme équivalent (souhaitant poursuivre une recherche doctorale), soit être titulaire d’une thèse depuis moins de 4 ans (soutenue entre 2023 et 2026), soit être conservateurs du patrimoine en formation ou récemment en poste.
Ils déposeront un dossier de candidature en tant que « communicant » (une intervention orale de 15 mn sur le thème proposé), ou bien en tant que « discutant » (modération des sessions, synthèse, commentaires et questions).
Le dossier pour les communicants comprendra : un CV (une page), le projet de recherche en cours (3500 signes maximum), une proposition de communication témoignant d’une approche interdisciplinaire et d’un investissement théorique significatif (1500 signes).
Le dossier pour les discutants intègrera : le CV, le projet de recherche, une brève lettre de motivation.
Langue de communication : français de préférence (maîtrise passive indispensable), anglais, espagnol, italien.
Calendrier/Sélection
Les dossiers (1 document Word intégrant l’ensemble des éléments) devront être adressés avant le 20 octobre 2026 à l’adresse suivante : un**********@**ha.fr
Le jury chargé de la sélection informera les candidats retenus avant le 30 octobre 2026.
Soutien financier
L’Université d’été et ses partenaires accueilleront les participants et prendront en charge les déjeuners.
Les candidats ne résidant pas à Montpellier et en région Occitanie pourront solliciter une demande de soutien financier pour leur transport et le logement. Le versement sera effectué sur présentation des factures des frais engagés (voyage, hébergement), à l’issue de l’Université d’été et après émargement.
Il est vivement conseillé aux étudiants de se tourner également vers le laboratoire d’accueil de leur université pour bénéficier d’une aide complémentaire.
Comité d’organisation :
Olivier Bonfait (Université de Bourgogne Europe) ; Giovanni Careri (Ehess) ; Frédéric Cousinié (Université de Rouen Normandie) ; Matthieu Fantoni (Musée Fabre, Montpellier) ; Laura Pichard (Musée du Grand-Siècle) ; Itay Sapir (Université du Québec, Montréal, UQAM) ; Olivia Savatier (Musée du Louvre) ; Vanessa Selbach (Paris, Bnf) ; Romain Thomas (Paris, Inha) ; Bernard Teyssandier (Université de Reims et revue xviie siècle) ; Cécile Vincent-Cassy (CY Cergy Paris Université).
Comité scientifique :
Le comité scientifique associe des chercheurs d’autres disciplines que l’histoire de l’art (littérature, histoire, philosophie, musicologie) mais travaillant sur l’image au xviie siècle :
Florence Dumora (Université Paris Cité) ; Tony Gheeraert (Université de Rouen Normandie) ; Laurence Giavarini (Université de Bourgogne Europe) ; Stéphane Haffemayer (Université de Rouen Normandie) ; Philippe Hamou (Sorbonne Université), Hélène Leblanc (Université de Genève), Stanis Perez (Maison des Sciences de l’Homme-Paris Nord) ; Stéphane van Damme (Paris, École normale supérieure).
Conseil scientifique
Le conseil scientifique (susceptible d’intégrer de nouveaux membres intéressés par le projet) regroupe des enseignants-chercheurs et conservateurs historiens de l’art, spécialistes du xviie siècle.
–Partenaires à l’étranger : Susanna Berger (University of Southern California) ; Jan Blanc (Université de Lausanne) ; Diane Bodart (Columbia University, New York ; Collège de France) ; Chiara Franceschini (Institut für Kunstgeschichte, Munchën) ; Hanneke Grootenboer (University of Amsterdam) ; Aaron M. Hyman (Universität Basel) ; Marika Knowles (University of Saint Andrews) ; Richard Theodore Neer (The University of Chicago) ; Tod Olson (UC Berkeley) ; Felipe Pereda (Harvard University) ; Lorenzo Pericolo (Florida State University) ; Javier Portús (Museo del Prado) ; Alessandra Russo (Columbia University, New York).
-Partenaires en France : Lionel Arsac (Château de Versailles) ; Sandra Bazin-Henry (Université de Franche-Comté, Besançon) ; Marion Boudon-Machuel (Université de Tours ; Inha) ; Marianne Cojannot-Le blanc (Université Paris Nanterre) ; Pascale Cugy (Université Rennes 2) ; Rosa De Marco (Université Rennes 2) ; Sabine Du Crest (Université de Bordeaux Montaigne) ; Corentin Dury (Musée des beaux-arts d’Orléans) ; Alexandre Gady (Sorbonne Université ; Musée du Grand Siècle) ; Christine Gouzi (Sorbonne Université) ; Guillaume Kazerouni (Musée des beaux-arts de Rennes) ; Anne Lepoittevin (Sorbonne Université) ; Estelle Leutrat (Université de Poitiers) ; Anne Perrin-Khelissa (Université Toulouse Jean Jaurès) ; Philippe Luez (ancien directeur du Musée national des Granges de Port-Royal) ; Julien Lugand (Université de Perpignan Via Domitia) ; Philippe Malgouyres (Musée du Louvre) ; Vincenzo Mancuso (Université Paul Valéry, Montpellier 3) ; Léonie Marquaille (Université Bordeaux Montaigne) ; Nicolas Milovanovic (Musée du Louvre) ; Barbara Nestola (Centre de musique baroque de Versailles) ; Anne Ritz-Guilbert (École du Louvre, Paris) ; Anne Piéjus (CNRS, IReMus) ; Hélène Rousteau-Chambon (Université de Nantes) ; Adriana Senard-Kiernan (Université Toulouse Jean Jaurès) ; Magali Théron (Université d’Aix-Marseille).
Contact/Information : f. co******@****ge.fr ; ro***********@**ha.fr ; Ol*************@*********ne.fr
Télécharger : Appel à candidature Université d’été 2027
