Appel à communication : « L’histoire comme argument (XIVe-XVIIIe siècle) » (Louvain-la-Neuve, UCL, 18-19 mars 2027)

Appel à communication : « L’histoire comme argument (XIVe-XVIIIe siècle) » (Louvain-la-Neuve, UCL, 18-19 mars 2027)

Ce colloque propose d’examiner le rapport que les hommes et les femmes de l’époque moderne ont entretenus avec les objets et les lieux chrétiens manifestement hérités du passé (tardo-antiques ou médiévaux) en les considérant non comme des survivances passives, mais comme des éléments pleinement actifs des cultures religieuses. Il vise en particulier à interroger la formation d’une véritable conscience historique des dispositifs du rituel chrétien (architecture, cheminement, mobilier, peinture, sculpture, orfèvrerie, textile…etc.) au cours d’une époque moderne prise au sens large (du XIVe au XVIIIe siècle).

Quels sont les comportements et les récits que les objets et les dispositifs architecturaux hérités du passé impliquent en société ? Comment articuler l’épaisseur historique des objets et des lieux avec l’idéal de réforme et de retour aux premiers temps chrétiens ? Comment concilier l’ancrage de ces objets dans un événement fondateur (un don, la dédicace d’une église, le sacre d’un roi…) avec leur réactivation répétée dans le temps long de la liturgie ? Enfin, comment penser le devenir des objets, des images ou des aménagements architecturaux reconnus pour leur valeur historique, mais devenus inadéquats voire obsolètes, notamment dans le contexte des Réformes religieuses ?

Ce colloque proposera d’aborder ces questions selon trois axes principaux, qui rendent compte à la fois des modalités de transmission des objets d’une période à l’autre et de l’évolution du regard porté sur les objets et les lieux hérités du passé au cours de la « longue époque moderne ».

 

Axes de recherche

Axe 1 : Stratifications mémorielles

Bien avant la naissance d’un savoir critique et d’une épistémologie sur les objets anciens, ceux-ci peuvent être investis d’une profondeur historique qui nourrit récits, croyances et pratiques. Autour d’eux se tissent des réseaux de significations (fondées ou non) dans une logique d’accumulation voire de superposition avec d’autres objets.

Dans bien des cas, leur mémoire se construit moins par un discours savant que de manière organique à travers leur présence continue dans l’environnement ecclésial et par les usages et les pratiques qui s’y rattachent.

Entre enjeux mémoriels, légitimation ou construction symbolique fondée sur l’ancienneté, cet axe interroge les logiques et les modalités multiples qui président à la conservation des objets sur le long terme, ou encore à la création d’une « proto-histoire » de ceux-ci.

Axe 2 : Genèse d’un savoir historique critique

Au cours de l’époque moderne, les structures architecturales et les objets du passé sont parfois inspectés au prisme d’un regard rétrospectif critique. Certains clercs versés dans la science archivistique et paléographique développent des approches critiques fondées sur l’archive : ils rassemblent et éditent des textes liturgiques anciens afin de dresser une histoire des rituels de l’Église. À travers des voyages ou des enquêtes, d’autres esquissent une « ethno-anthropologie du rituel » (Xavier Bisaro). Enfin, des érudits antiquaires se fondent sur l’archéologie ou sur l’étude matérielle des artefacts du passé pour en discuter l’ancienneté.

Cet axe visera donc à révéler les discours mais aussi à les lier avec leurs instruments de production et de diffusion. Édition de textes liturgiques, investigations de terrain, premiers gestes archéologiques ou encore usage du dessin et de la gravure sont autant de pratiques qui contribuent à historiciser les dispositifs rituels et à produire un discours savant sur le passé chrétien.

Axe 3 : Réinterprétation, réactualisation et réinvestissement

Loin d’être figés, les objets et les dispositifs architecturaux hérités du passé sont, à l’époque moderne, de facto intégrés à de nouveaux aménagements et inscrits dans des réseaux renouvelés d’objets et d’images au sein de l’espace ecclésial. Cette intégration s’opère souvent au prix de transformations, qu’elles soient matérielles (remaniements, déplacements, restaurations) ou sémantiques (réinterprétations, changements de statut ou de fonction). Certains dispositifs et objets tombent en désuétude, tandis que d’autres font l’objet d’une réactivation ou d’une redéfinition fonctionnelle et symbolique. Ces dynamiques apparaissent dans le contexte des Réformes religieuses, qui, en redéfinissant les usages liturgiques et les sensibilités dévotionnelles, modifient – ou non – la place et le sens des objets hérités du passé.

Cet axe entend ainsi interroger les modalités concrètes de conservation, de restauration et d’adaptation de ces éléments anciens, en prêtant attention aux choix, aux arbitrages et aux discours qui accompagnent ces interventions. Il s’agira notamment de comprendre comment ces objets sont requalifiés, recontextualisés ou, au contraire, marginalisés dans des environnements en mutation. On pourra également interroger comment la persistance de certains objets et dispositifs architecturaux a pu stimuler l’anachronie voire une certaine forme d’historicisme dans la création artistique de l’époque moderne.

Les réflexions pourront s’articuler autour des questions suivantes :

  • Pourquoi et comment a-t-on conservé les objets du passé ? Cette conservation relève-t-elle d’une stratégie de sélection ou tient-elle davantage d’une certaine contingence ? Cherche-t-on à justifier la conservation de tels éléments, et si oui, par quels moyens ?
  • Comment les objets et les dispositifs architecturaux anciens sont-ils intégrés dans les écosystèmes des églises ? Leurs usages évoluent-ils ?
  • Comment qualifie-t-on l’ancienneté d’un objet ? Quand et comment cherche-t-on à dater les objets anciens ? Que désigne l’« antiquité » d’un objet sous la plume des érudits modernes ? S’agit-il des premiers temps paléochrétiens, points de mire de toute réforme liturgique, ou, plus simplement, une ancienneté pluriséculaire ?
  • Comment se forme cette conscience historique critique ? Quelles en sont les méthodes et les sources ? Quels en sont les instruments (création de discours, reproduction en images, conscience des styles, conservation privilégiée) ?
  • Y-a-t-il une conscience historique des styles artistiques ? Comment se manifeste-t-elle ?
  • Comment est perçue l’épaisseur historique des objets et des dispositifs architecturaux ? L’ancienneté est-elle une plus-value ou au contraire une marque de vétusté qu’il s’agit de renouveler ? Comment penser l’obsolescence de certains dispositifs liturgiques hérités du passé ? Existe-t-il une forme de conscience patrimoniale à l’égard de ces objets ?

 

Modalités de soumission :

Les communications pourront être données en français ou en anglais. Les propositions de communications comportant un titre, un résumé et une notice bio-bibliographique succincte, devront être réunis dans un seul fichier PDF et envoyés le plus tard le 10 octobre 2026 aux adresses suivantes : em***********@*******in.be et ju*********@*******in.be

Organisation et prise en charge :

Ces journées d’étude auront lieu à l’UCLouvain (Louvain-la-Neuve), du 18 au 19 mars 2027.

 

Bibliographie sélective :

Agosti Barbara, Collezionismo e archeologia cristiana nel Seicento. Federico Borromeo e il Medioevo artistico tra Roma a Milano, Milan, Jaca Book, 1996.

Aribaud Christine (éd.), Destins d’étoffes : usages, ravaudages et réemplois des textiles sacrés, (XIVe-XXe siècles), [actes des Journées d’étude de l’AFET, Toulouse, janvier 1999], Toulouse, CNRS-Université de Toulouse-Le Mirail, 2006.

L’Atlas Marianus de Wilhelm Gumppenberg : édition et traduction, Neuchâtel, Alphil, 2015.

Bisaro Xavier, L’abbé Lebeuf, prêtre de l’histoire, Turnhout, Brepols, 2011.

Bisaro Xavier, Le passé présent, une enquête liturgique dans la France du début du XVIIIe siècle, Paris, Les Éditions du Cerf, 2012 (Histoire religieuse de la France).

Cordez Philippe, Trésor, mémoire, merveilles. Les objets des églises au Moyen Âge, Paris, EHESS, 2016.

Fashion for God. Religious Textiles from Hidden Churches in the Dutch Republic 1580-1800,  Zwolle/Utrecht, Museum Catharijneconvent, 2023.

Grodecki Louis, Le Moyen Âge retrouvé, de Saint Louis à Viollet-le-Duc, Paris, Flammarion, 1990 (Idées et Recherches).

Horn, Hauke, Erinnerungen, geschrieben in Stein : Spuren der Vergangenheit in der mittelalterlichen Kirchenbaukultur, Berlin, Deutsche Kunstverlag, 2017.Kroesen Justin, The Lutheran Middle Ages. The Survival of Medieval Art in Protestant Churches in Germany, Turnhout, Brepols-Harvey Miller Publishers, 2026.

Lours Mathieu, L’autre temps des cathédrales : du concile de Trente à la Révolution française, Paris, Picard, 2010.

Ottenheym Konrad, Romanesque Renaissance. Carolingian, Byzantine and Romanesque Buildings (800-1200) as a Source for New All’Antica Architecture in Early Modern Europe (1400-1700), Leiden, Brill, 2021.

Ritz-Guibert Anne, La collection Gaignières : Méthodes et finalités, Paris, Société française d’archéologie, 2008.

Rousteau-Chambon Hélène, Le gothique des Temps modernes. Architecture religieuse en milieu urbain, Paris, Picard, 2003.

Une description inédite de la cathédrale de Tournai au siècle des Lumières : les écrits du chanoine Denis-D. Waucquier, 1742-1752, Louvain-la-Neuve, Ciaco-i6doc, 2017 (Tournai-Art et Histoire. Instruments de travail, 29).

 

Comité organisateur :

  • Caroline Heering (UCLouvain)
  • Mathieu Piavaux (UNamur)
  • Julie Glodt (UCLouvain)
  • Emmanuel Joly (UCLouvain – IRPA)

Comité scientifique :

  • Ralph Dekoninck (UCLouvain)
  • Jean-Marie Guillouët (Université de Bourgogne)
  • Alain Rauwel (Université de Bourgogne / EHESS)
  • Anne Lepoittevin (Paris IV)
  • Hélène Cambier (UNamur)
  • Olivier Latteur (UNamur)

 

 

History as Argument (14th–18th centuries) 

This conference aims to examine how men and women in the modern era interacted with Christian artefacts and places inherited from the past, such as late antiquity or the Middle Ages. The conference will consider these artefacts and places as active elements of religious cultures, rather than passive relics. Specifically, it seeks to explore how a genuine historical awareness of the elements of Christian ritual, such as architecture, circulation, furnishings, painting, sculpture, gold and silverwork and textiles, developed during the modern era in the broadest sense (from the 14th to the 18th century).

What kind of behaviors and narratives did objects and architectural features inherited from the past imply in society? How can we reconcile the historical depth of objects and places with the ideals of reform and returning to the early Christian era? How can we combine these objects’ connection to a founding event, such as a donation, the consecration of a church or the coronation of a king, with their repeated reactivation throughout the liturgy?  Finally, how should we approach the future of objects, images or architectural features that were recognized for their historical value, yet have become outdated or even obsolete, particularly in the context of the religious Reformations?

This conference will explore these issues through three main themes, examining both how objects have been passed down through the ages and how perspectives on inherited objects and places have changed throughout the ‘long modern era’.

Main Thematic Areas

  1. A Multilayered Memory

Long before critical scholarship and an epistemology dealing with old objects emerged, these objects could be imbued with a historical depth, feeding into narratives, beliefs and practices. Networks of meaning (whether well-founded or not) were woven around them, sometimes overlapping with other objects.

In many cases, their memory was formed less through scholarly discourse and more organically, through the continuous presence of objects within the ecclesiastical environment and the associated customs and practices.

This research area examines the multiple logics and modalities that govern the long-term preservations of objects, or indeed the creation of a ‘proto-history’ of these objects, in relation to issues of memory, legitimization, or symbolic construction based on antiquity

2: The Emergence of Critical Historical Knowledge

In the modern era, architectural structures and artefacts from the past were sometimes examined through the lens of critical hindsight. Some scholars specializing in archival science and paleography developed critical approaches based on archival sources, collecting and editing old liturgical texts to construct a history of the Church’s rituals.

Through travel or fieldwork, others sketched out an ‘ethno-anthropology of ritual’ (Xavier Bisaro). Finally, antiquarian scholars drew on archaeology, or the study of artefacts from the past, to discuss their antiquity.

The aim of this research area is therefore to reveal these discourses and link them to how they were produced and disseminated. Editing liturgical texts, conducting field investigations, carrying out early archaeological work, and using drawing and engraving were all practices that contributed to the historicization of ritual practices and the production of scholarly discourse on the Christian past.

3: Reinterpretating, updating and reinvestment

Far from being static, the architectural objects and features inherited from the past were de facto integrated into new arrangements and embedded within renewed networks of objects and images in the ecclesiastical space in the modern era. This integration often involved transformations, whether material (alterations, relocations, restorations) or semantic (reinterpretations, changes in status or function). Some features and objects fell into disuse, while others were reactivated or underwent a functional and symbolic redefinition. These dynamics emerged in the context of the Religious Reforms, which, altered – or failed to alter – the place and meaning of objects inherited from the past by redefining liturgical practices and devotional sensibilities.

The aim of this research area is to examine the practical methods of conserving, restoring and adapting these old elements, paying attention to the choices, trade-offs and discourses that accompanied these interventions. Specifically, we seek to understand how these objects were redefined, recontextualised, or conversely marginalised, in changing environments. Additionally, we will explore how the persistence of certain objects and architectural features may have stimulated anachronism, or even a certain type of historicism, in the artistic creation from the 14th to the 18th century.

Discussions may focus on the following questions:

  • Why and how have objects from the past been preserved? Is this preservation the result of a deliberate selection strategy? Did people seek to justify the preservation of such items, and if so, how?
  • How were old artefacts and architectural features incorporated into church practices and ecosystems? Did their uses evolved?
  • How did people of the modern era define the antiquity of an object? When and how did they seek to date old objects? What does the ‘antiquity’ of an object mean in the writings of modern scholars? Does it refer to the early Christian period, the focal point of all liturgical reform, or, simply to a history spanning several centuries?
  • How was this critical historical awareness formed? What were its methods and sources? What tools did it use (the creation of discourse, the reproduction in images, an awareness of styles and prioritized conservation)?
  • Was there a historical awareness of artistic styles? How did it manifest itself?
  • How did people perceive the historical depth of objects and architectural features? Was age an asset, or a sign of dilapidation that needed to be addressed?
  • How did people perceive the obsolescence of certain liturgical elements inherited from the past? Was there any awareness of these objects as heritage?

Submission guidelines: 

Presentations may be delivered in French or English. Proposals, comprising a title, an abstract and a brief biographical and bibliographical note, must be compiled into a single PDF file and sent by the 10th of October at the latest to the following addresses: em***********@*******in.be and ju*********@*******in.be

Organisation and expenses: 

This conference will take place at UCLouvain (Louvain-la-Neuve) from the 18th to the 19th of March.

 

Comments are closed.