Appel à communication : « Quadrilles. Danse et divertissements entre République et Empire, autour de la figure de Jean Étienne Despréaux (1748-1820) » (Paris, 26 novembre 2021)

Appel à communication : « Quadrilles. Danse et divertissements entre République et Empire, autour de la figure de Jean Étienne Despréaux (1748-1820) » (Paris, 26 novembre 2021)

Organisateur des fêtes publiques sous le Consulat et l’Empire, maître à danser à l’Académie royale de musique, professeur de maintien au Conservatoire de Paris, chansonnier, dramaturge, et inventeur d’un système de notation de la danse et d’un « chronomètre musical », Jean Étienne Despréaux (1748-1820) constitue une figure majeure de la danse au passage du siècle, témoin et acteur des évolutions de la danse et du ballet entre les années 1790 et 1820. Si certains de ses ouvrages ont été publiés, de nombreux documents autographes conservés dans le Fonds André Jean Jacques Deshayes de la Bibliothèque-Musée de l’Opéra, restent aujourd’hui peu étudiés : cette journée entend prendre pour point de départ la figure de Jean Étienne Despréaux pour analyser une période singulière qui voit évoluer le langage chorégraphique, les terminologies qui s’y rapportent et une esthétique dont l’histoire des représentations se fait aussi l’écho. Entre histoire de la danse, histoire de l’art, histoire politique et sociale, ces journées invitent aussi à penser plus précisément les relations entre artistes de différentes disciplines durant les premières décennies du XIXe siècle.

Inventeur d’un système de notation très élaboré mais qui ne sera jamais publié, Despréaux travaille précisément à une écriture de la danse qui montre une grande proximité avec le langage verbal, la lettre et la typographie. Si les termes de « grammaire » ou d’« alphabet » de la danse ne sont pas présents chez Despréaux et n’apparaissent que dans la seconde moitié du XIXe dans un contexte plus général qui reprend la « grammaire » comme un modèle de scientificité, le système de Despréaux offre les prémices de cette rationalisation de la notation par une pensée inspirée des logiques syntaxiques. « Un catalogue de mouvement des airs de chant et de danse les plus remarquables serait une chose très-utile ; mais il ne peut être fait qu’au moyen d’un instrument invariable, composé d’après les lois de la nature[1] ». Quelles sont plus précisément les sources intellectuelles, scientifiques et philosophiques sous-jacentes à l’établissement d’un tel système ? La publication du Nouveau chronomètre musical, établi sur des bases astronomiques offre quelques pistes de réflexion sur le rôle de l’histoire des sciences et du contexte rationaliste qui mériteront d’être explorées. Cette journée reviendra également sur le positionnement de Despréaux dans l’histoire de la notation, quand il se place plus volontiers dans la filiation de Thoinot Arbeau que de Beauchamps, tout en proposant une modalité de lecture du corps sur le plan frontal qui s’éloigne de la Chorégraphie d’Ancien régime et qui anticipe les méthodologies de Saint-Léon, d’Henri Justamant et de Friedrich Albert Zorn.

En 1789, Despréaux épouse Marie-Madeleine Guimard, danseuse incontournable du XVIIIe siècle, proche d’artistes comme Jean Honoré Fragonard, François Boucher, Carmontelle ou Claude Nicolas Ledoux qui construit son hôtel particulier dans le quartier de la Chaussée d’Antin. Pourtant en 1789, la gloire et les fastes de la Guimard sont derrière elle. Quels cercles artistiques conservent-ils alors ? La journée s’intéressera tout particulièrement aux relations entretenues par le couple Despréaux-Guimard avec les peintres, graveurs, sculpteurs dans les années 1790-1815. On sait que Despréaux fréquente une loge maçonnique, la loge d’Anacréon, appréciée des graveurs et fréquentée aussi par Pierre Gardel. La collection de Despréaux à son décès montre d’ailleurs un attachement à la gravure et aux maquettes de théâtre.

Le ton adopté par Despréaux invite en outre à une analyse littéraire de son œuvre et donne à lire une figure polymorphe qui explore autant les formes littéraires que les formes chorégraphiques, autant les disciplines que leur mise en récit, par le dialogue, le modèle du traité scientifique, ou encore la chanson et la poésie parodique.

La journée n’entend pas se réduire à la figure de Jean Étienne Despréaux, mais cherchera à saisir un réseau de relations artistiques, sociales et politiques. Les créations de quadrilles par Despréaux sont l’écho direct de créations architecturales et une place importante sera accordée à l’étude des lieux de représentation des divertissements à la cour de Napoléon Ier.

En outre, ce sont les représentations picturales des quadrilles dans la première moitié du XIXe siècle qui occuperont également une large place dans nos échanges : à la fois la représentation de l’enseignement des danses de société et la représentation des bals, des fêtes et d’une sociabilité par la danse.

Cette journée d’étude s’inscrit à la fois dans le projet de recherche mené par Irène Feste « Les quadrilles de Jean Étienne Despréaux, organisateur des divertissements et spectacles à la cour de Napoléon Ier » (Aide à la Recherche et au Patrimoine en Danse 2020) et le programme « Chorégraphies, écriture et dessin, signe et image dans les processus de création et de transmissions chorégraphiques) mené à l’INHA, en partenariat avec la BnF et le CN D, dans la continuité d’une première journée dédiée au Fonds André Jean Jacques Deshayes. La recherche d’Irène Feste est basée sur une approche croisée des sources, entre analyse théorique et la mise en gestes des quadrilles chorégraphiés par Jean Étienne Despréaux, interprétés par la noblesse de cour, lors de bals masqués ou parés.

Les chercheurs travaillant sur des figures contemporaines de Despréaux sont encouragés à contribuer et les axes suivants pourront faire l’objet de propositions (la liste n’est pas exhaustive) :

  • Les sources et la documentation sur les quadrilles dans la première moitié du XIXe siècle. Comment travaille-t-on aujourd’hui sur ces archives et traités, parfois méconnus, non publiés ? Quelle place aujourd’hui dans l’historiographie de la période pour les travaux de reconstitutions chorégraphiques ?
  • Les expérimentations et systèmes de notation des danses de société et du geste dans les années 1780-1820 (au-delà d’une notation de la danse : nage, escrime, gestes de travail, etc.)
  • La culture et les théories musicales contemporaines (dans le cercle de Despréaux, son frère Louis Félix Despréaux était musicien et compositeur : un contexte singulier qui nourrit les travaux de J. É. Despréaux, notamment autour du Chronomètre, mais pas uniquement.)
  • Les cercles d’enseignement pour les danses de société, les brevets de maîtres de danse et la circulation des danses par l’enseignement (et par les armées)
  • Les cadres du bal : des bals de cours à la « nouvelle économie des loisirs post-révolutionnaire »
  • Les représentations des bals et des quadrilles : gravures, caricatures, représentations picturales.
  • Des divertissements en temps troublé : sources, images, caricatures et modèles de la fête de cour entre Révolution et Empire.
  • L’architecture des divertissements et la spatialité de la danse : les salles de bals, les demeures privées et les résidences royales
  • Costumes de danse et costumes de fêtes (de nombreux costumes sont inspirés par les campagnes militaires napoléoniennes)
  • Les parodies d’Opéra
  • Les danseurs de l’Académie impériale de musique dans les parodies de Despréaux

La journée d’étude se tiendra le 26 novembre 2021, dans l’auditorium de la BnF François Mitterrand et comprendra une part de reconstitution des quadrilles élaborés par Jean Étienne Despréaux.

La langue de la journée d’étude et des échanges sera le français, mais les communications en anglais seront acceptées.

Les propositions de communications, n’excédant pas une page, et suivies d’une brève présentation bio-bibliographique, sont à envoyer avant le 10 juillet 2021 aux adresses courriels suivantes : pauline.chevalier@inha.fret irene.feste@wanadoo.fr

Une réponse sera rendue au plus tard le 30 juillet.

Comité Scientifique :

Mathias Auclair (BnF)

Laurent Barré (CN D)

Pauline Chevalier (INHA)

Elisabeth Claire (EHESS)

Françoise Dartois-Lapeyre (Sorbonne Université)

Irène Feste (Chorégraphe, soutien à la recherche du CN D)

Marie Glon (Université de Lille)

Bruno Ligore (BnF / Université Côte d’Azur)

Patrick Taïeb (Université Paul-Valéry)

Charles-Eloi Vial (BnF)

Partenaires :

BnF – Bibliothèque National de France

CN D – Centre National de la Danse

INHA – Institut National d’Histoire de l’Art

[1] Jean Étienne Despréaux, Nouveau chronomètre musical, établi sur des bases astronomiques, 1812, p. 4.

 

https://www.inha.fr/fr/recherche/appels/appels-a-contributions/appels-en-cours/appel-a-communications-quadrilles.html

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