Appel à communication : « Réemployer » et « recycler » la sculpture : pratiques, usages et réaffectations (XVe-XXIe siècle) (Paris, INHA, 11 mars 2027)
Dans le prolongement de la journée Déplacer la sculpture à l’époque moderne (XVIIe-XVIIIe siècles) (INHA-18 novembre 2026), cette rencontre entend explorer une autre dimension essentielle de la vie des œuvres : leur réaffectation. Elle propose d’interroger conjointement deux pratiques souvent distinguées mais rarement envisagées dans une même réflexion pour la sculpture moderne : le remploi et le recyclage. Bien qu’elles relèvent d’un vocabulaire contemporain, ces catégories offrent un cadre d’analyse renouvelé pour réfléchir aux modifications, réinterprétations, détournements des œuvres sculptées. Il s’agira d’étudier aussi bien les œuvres antiques ou médiévales réutilisées à la période moderne que les sculptures modernes elles-mêmes transformées, adaptées ou détournées au cours des siècles suivants jusqu’à nos jours.
Si le réemploi a fait l’objet d’importants travaux pour l’Antiquité (Kristensen 2016, Ng 2018, Parigi 2022), au point de constituer un champ de recherche à part entière, le recyclage a principalement été abordé dans le contexte de la création contemporaine, où il est envisagé comme un principe revendiqué de transformation matérielle et sémantique (Laks 2017). Pour la période moderne, les recherches se sont surtout concentrées sur la réutilisation de la statuaire antique, notamment dans les jardins, les parcs ou les ensembles monumentaux (Haskell 1981 ; Montagu 1989). Ces travaux ont largement renouvelé notre connaissance de ces phénomènes, toutefois d’autres formes de réaffectation, parfois spectaculaires, parfois plus discrètes, méritent encore d’être étudiées.
Cette journée d’étude souhaite précisément adopter une approche transversale, en articulant réemploi – entendu comme la réutilisation d’une œuvre pour un contexte différent, pour un usage proche de sa fonction initiale, avec ou sans remise en état –, et recyclage, qui suppose une transformation plus profonde de l’œuvre, matérielle, formelle ou sémantique. Envisagées conjointement, ces deux notions offrent un cadre fécond pour analyser les changements de statut, de fonction et de signification des sculptures. L’analyse portera également sur les réaffectations demeurées à l’état de projet – déplacements envisagés, changement de fonction ou reconversions abandonnées – dans la mesure où ces intentions, même non réalisées, révèlent des usages imaginés pour les œuvres ainsi que les enjeux politiques, religieux ou esthétiques qui les sous-tendent.
Les communications pourront notamment porter sur les axes suivants, sans exclusive :
∙ les formes de réemploi, de recyclage et de réaffectation des sculptures de l’époque moderne à nos jours ;
∙ les effets de ces réaffectations sur les mémoires locales, nationales, dynastiques ou familiales ;
∙ les logiques politiques, religieuses, esthétiques ou symboliques qui président
à ces changements de fonctions ;
∙ les projets de réaffectation demeurés sans suite, envisagés comme révélateurs des usages et des valeurs attribués aux sculptures ;
∙ les modalités matérielles des transformations et les processus de réinterprétation ou de resémantisation ;
∙ les réflexions historiographiques et épistémologiques sur les catégories de « réemploi » et de « recyclage ».
∙ les circulations entre espaces et statuts (notamment public/privé, sacré/profane,
intérieur/extérieur) ;
Si la journée met l’accent sur la sculpture en France, les propositions portant sur d’autres espaces européens, voir non-européens sont également encouragées, afin d’enrichir les perspectives comparatives et de mieux comprendre et documenter les pratiques de réaffectation des sculptures.
Cette journée est la troisième du cycle de rencontres sur La vie des sculptures en France. Transformations matérielles, iconographiques, stylistiques et contextuelles des sculptures de l’époque moderne (2026-2028) proposé par l’INHA en partenariat avec plusieurs chercheuses et chercheurs. Pensé comme un laboratoire d’exploration diachronique, national et international, ce cycle vise à analyser les inflexions portées à la matérialité des œuvres, leur iconographie, leur style ainsi que les changements de contextes de présentation qui affectent ces objets, entre conservation, redécouverte, effacement, outrage ou recréation.
Modalités
Les propositions de communication s’adressent à une large communauté de spécialistes – historiens de l’art, conservateurs, restaurateurs – issus des universités, des musées, des DRAC ou d’institutions de recherche françaises et internationales.
Elles seront constituées d’une présentation de l’intervenante ou de l’intervenant (8 à 10 lignes), du titre et du synopsis de la communication (1 page), accompagnés d’un bref CV avec la liste des publications (1 page), et envoyées avant le 30 octobre 2026 à Marion Boudon-Machuel (ma******************@**ha.fr) et Émilie Roffidal (em*************@**rs.fr). Les communications dureront 30 minutes et pourront être proposées à une ou deux voix en français, en anglais ou en italien.
Elles sont attendues jusqu’au 30 octobre 2026.
Comité scientifique
Kira d’Alburquerque, Victoria and Albert Museum, Londres
Lionel Arsac, château de Versailles
Andrea Bacchi, Fondazione Federico Zeri – université de Bologne
Oriane Beaufils, Villa Ephrussi de Rothschild
Sarah Betzer, université de Virginie, Charlottesville
Marc Bormand, musée du Louvre
Francesco Caglioti, École normale supérieure de Pise
Valerie Carpentier, musée du Louvre
Laura Cavazzini, université de Trente
Anne-Lise Desmas, J. Paul Getty Museum, Los Angeles
Grégoire Extermann, Haute école spécialisée de la Suisse italienne-SUPSI, université de Genève
Aldo Galli, université de Trente
Virginie Guffroy, musée du Louvre
Kelley Helmstutler Di Dio, université du Vermont, Burlington
Sophie Jugie, musée du Louvre
Pascal Julien, université Toulouse-
Jean Jaurès Michel Lefftz, université de Namur
Anne Lepoittevin, Sorbonne Université
Philippe Malgouyres, musée du Louvre
Tommaso Mozzati, université de Pérouse
Pierre-Hippolyte Pénet, château de Versailles
Guilhem Scherf, musée du Louvre
Frists Scholten, Rijksmuseum
Philippe Sénéchal, université de Picardie Jules Verne
Alicia Adamczak, Institut catholique de Paris
Marion Boudon-Machuel, INHA
Federica Carta, Technische Universität, Berlin
Giancarla Cilmi, École française de Rome
Emmanuel Lamouche, CreAAH – Nantes Université
Sarah Munoz, Université de Lausanne
Daniele Rivoletti, Institut universitaire de France/Université Clermont Auvergne
Émilie Roffidal, Laboratoire FRAMESPA –Université de Toulouse
Neville Rowley, Gemäldegalerie, Berlin
Fabienne Sartre, IRCL – Université de Montpellier Paul-Valéry
Magali Théron, TELEMME -Université Aix-Marseille
Bibliographie
∙ Demoule, Jean-Paul, « Archéologie, art contemporain et recyclage des déchets », Techniques & Culture [en ligne], 58 | 2012, mis en ligne le 17 décembre 2012.
DOI : https://doi.org/10.4000/tc.6321
∙ Foulquier, Luigi, « La métamorphose des pierres. Les remplois, entre rebut et souvenir », Actes du colloque du musée du quai Branly [en ligne]. URL : https://
journals.openedition.org/actesbranly/252
∙ Gaggadis-Robin, Vasiliki and de Larquier, Nathalie (éd.), La sculpture et ses remplois. Actes des rencontres d’Arles (2019), Pessac, Ausonius édition, 2019.
∙ Haskell, Francis and Penny, Nicholas, Taste and the Antique: The Lure of Classical Sculpture, 1500–1900, New Haven, Yale University Press, 1981 (rééd. 2024).
∙ Kristensen, Troels Myrup and Stirling, Lea Margaret (dir.), The Afterlife of Greek and Roman Sculpture. Late Antique Responses and Practices, Ann Arbor, University of Michigan Press, 2016.
∙ Laks, Deborah, Des déchets pour mémoire. L’utilisation de matériaux de récupération par les Nouveaux Réalistes (1955-1975), Dijon, Les Presses du Réel, 2017.
∙ Kinney, Dale and Brilliant, Richard, Reuse Value: Spolia and Appropriation in Art and Architecture from Constantine to Sherrie Levine, Ashgate, 2011.
∙ Macquenem (de), Claude, « Le remploi, la chair, la pierre, des matériaux et des gestes. Pour une autre phénoménologie du religieux », Les nouvelles de l’archéologie [En ligne], 160 | 2020, mis en ligne le 09 novembre 2020. URL :
https://journals.openedition.org/nda/10117
∙ Montagu, Jennifer, Roman Baroque Sculpture. The Industry of Art, New Haven – Londres, Yale University Press, 1989.
∙ Ng, Diana Y. et Swetnam-Burland, Molly (dir.), Reuse and Renovation in Roman Material Culture. Functions, Aesthetics, Interpretations, Ann Arbor, University of
Michigan Press, 2018.
∙ Parigi, Caterina (dir.), Recycling and Reuse of Sculpture in Roman and Late Antique Times. Panel 6.8, Heidelberg, Propylaeum, 2022 (Archaeology and Economy in the Ancient World: Proceedings of the 19th International Congress of Classical Archaeology, Cologne/Bonn 2018, vol. 37). DOI : https://doi.org/10.11588/ propylaeum.928
∙ Settis, Salvatore, « Des ruines au musée. La destinée de la sculpture classique », Annales ESC, nov.-déc. 1993, n°6, p. 1347-1380. [en ligne]. URL : https://www.
persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1993_num_48_6_279220

