Les Doctoriales de la Société des Études Romantiques et Dix-neuviémistes (SERD) sont ouvertes à tous les doctorants et jeunes docteurs dont les recherches portent sur le XIXe siècle, en France et à l’étranger. En collaboration étroite avec les activités de la SERD, les Doctoriales de la SERD participent à l’organisation de l’Atelier du XIXe siècle. Les Doctoriales de la SERD mènent également un projet de recherche indépendant, qui donne lieu à des publications en ligne ainsi qu’à l’organisation d’un colloque.
Le séminaire a pour vocation de donner la parole aux jeunes chercheurs et chercheuses et est organisé autour d’un thème choisi pour deux ans. Il porte également sur des questions d’ordre méthodologique. Le séminaire a lieu une fois par mois, le samedi matin de 10h à 13h pour des communications de 20 à 30 minutes, à la Bibliothèque Jacques-Seebacher, à l’Université Paris Cité.
Les séances auront lieu les samedis 30 janvier, 6 février, 13 mars, 3 avril, 22 mai et 12 juin.
Nous invitons tout jeune chercheur dix-neuviémiste (en littérature française et comparée, histoire, histoire de l’art, etc.) à proposer des thèmes de séances ou des communications en rapport avec cet argumentaire, pour l’année universitaire 2026-2027 (la première séance de ce cycle de séminaires aura lieu en janvier). Vous pouvez soumettre vos propositions, d’une longueur maximale de 300 mots à l’adresse suivante : co**********************@***il.com jusqu’à fin novembre 2026. Elles seront complétées par une notice bio-bibliographique indiquant notamment le laboratoire et l’université de rattachement.
Le séminaire des Doctoriales de la SERD portera cette année sur les rapports entre Histoire et histoires.
Histoire(s)
Définition et intérêt de la question
L’Histoire ne nous est jamais donnée immédiatement. Qu’elle relève des pratiques historiennes, de la littérature, des arts visuels ou de la mémoire collective, toute médiation de l’Histoire engage des choix esthétiques ou politiques. Celui ou celle qui la représente est amené à raconter des histoires, à mettre en scène des événements et à élaborer des formes susceptibles de rendre compte du passé, mais aussi de modifier nos perceptions de ce dernier. Les œuvres entretiennent en effet des rapports complexes avec la mémoire individuelle et collective. Bénédict Anderson montre par exemple que les représentations du passé participent à construire un sentiment national. Dans un siècle traversé par les Révolutions, guerres et autres bouleversements politiques, les œuvres, témoignages du passé, exercent une influence pérenne sur notre réception de l’Histoire. Dès lors, que font les histoires à l’Histoire ? Comment les représentations façonnent-elles notre compréhension du passé et notre rapport à celui-ci ? Dans quelle mesure manifestent-elles une conscience de leur propre historicité ou de leur inscription dans la postérité ? Peut-on envisager l’existence d’Histoires multiples, alternatives, voire de contre-histoires ?
Le XIXe siècle, en tant que siècle qui voit l’avènement de l’Histoire en discipline scientifique autonome, constitue un moment particulièrement fécond pour interroger les rapports entre Histoire et fiction. Héritier des bouleversements de la Révolution française, ce siècle est traversé par une profonde réflexion sur le passé et un nouveau regard sur la temporalité des contemporains, ainsi que l’a montré Reinhart Koselleck. François Hartog note alors qu’un nouveau « régime d’historicité » se constitue, davantage attentif au présent et à l’avenir que tourné vers le passé. De manière plus générale, la « temporalisation » des événements, cette conscience de leur historicisation qui se développe véritablement au XIXe siècle permet, comme le montre José-Luis Diaz, de rompre avec l’ « immobilisme immémorial » du passé, qui devient matière mouvante et qui permet de penser le présent et le futur. Dans ce contexte, historiens, romanciers, poètes, dramaturges, peintres ou sculpteurs, contribuent, chacun à leur manière, à façonner les représentations du passé. Le roman historique, la peinture d’histoire, les monuments commémoratifs ou encore les grandes synthèses historiographiques participent à la construction d’une mémoire collective. De Walter Scott à Michelet, de Victor Hugo à Delacroix, les œuvres du XIXe siècle montrent que l’accès au passé ne se fait jamais de manière immédiate, mais toujours à travers des formes narratives ou visuelles qui sélectionnent et interprètent, en transformant les événements, de façon plus ou moins consciente et revendiquée.
Axe 1. Écrire l’Histoire : la mise en récit historique
Comment l’Histoire s’écrit-elle ? Quels procédés narratifs, rhétoriques ou poétiques participent à sa mise en forme ? Quelles frontières peut-on établir entre récit historique, récit littéraire et fiction ? On pourra notamment s’intéresser aux emprunts réciproques entre pratiques historiennes et pratiques littéraires, ainsi qu’aux effets produits par les choix de narration, de focalisation ou de temporalisation. Au XIXe siècle, l’écriture de l’Histoire se déploie dans tous les genres littéraires et plus largement dans toutes les productions textuelles.
On peut penser aux débuts de l’historiographie romantique. Jules Michelet, Prosper de Barante ou encore Augustin Thierry mettent notamment l’accent sur la narration au détriment de la démonstration, comme cela avait été le cas avec l’école philosophique du siècle passé (Voltaire, David Hume).
On peut aussi évoquer le genre des mémoires dont François-René de Chateaubriand est sans doute le plus important exemple. Ces textes posent la question du rapport du « je » aux événements historiques et donnent à voir un entremêlement intéressant entre la petite et la grande histoire. La période napoléonienne donne lieu à la publication d’une série impressionnante de mémoires dont Jean Tulard a fait le recensement dans son ouvrage de 1971. Militaires, politiciens, mondains, intellectuels venus de tous bords publient leurs souvenirs. Les régimes suivants ne manqueront pas de reproduire ce phénomène. Le témoignage trouve alors sa pleine valeur.
La poésie n’est pas en reste. Tout au long du siècle poètes et poétesses usent du vers et de la prose pour conter l’histoire à leurs lecteurs. L’œuvre de Victor Hugo présente à ce titre une puissante synthèse. D’Odes et ballades (1828) à Dieu (1891), la poésie hugolienne affiche une véritable sensibilité à l’Histoire. Elle montre un intérêt constant pour l’histoire du temps comme en témoignent Les Châtiments (1853) ou L’Année terrible (1872) mais elle aborde aussi dans une importante mesure les époques antérieures et même les temps les plus reculés comme en atteste La Légende des siècles (1859, première série). Pour des pratiques poétiques plus précises on songera notamment à l’élégie qui peut intégrer une forte dimension politique (voir l’essai Pierre Loubier publié en 2013) ainsi qu’à l’épopée. De sa renaissance au début du siècle sous l’impulsion de poètes bonapartistes comme Charles Millevoye jusqu’à sa rencontre avec les jeunes gens du Parnasse (Les Trophées de José-Maria Hérédia, 1893), traversant les époques et les formes poétiques, le registre épique ne quitte pas la matière historique.
Le théâtre tient au même titre que la poésie un rôle important dans le mariage fécond entre la littérature et l’Histoire. Des sujets antiques ou médiévaux (Les Templiers de François Raynouard, 1805) côtoient des pièces puisant leur inspiration dans l’histoire récente comme le Napoléon Bonaparte d’Alexandre Dumas (1831) ou Thermidor de Victorien Sardou (1891). C’est chaque fois pour le dramaturge une occasion privilégiée de donner sa vision de l’Histoire et du rôle que chacun y a tenu ainsi que de tenter – parfois – d’influencer à son échelle la mémoire collective. Les scènes de Paris et de la province offrent alors à un public demandeur une succession de drames historiques et de drames militaires à grand spectacle.
Dans cette entreprise de mise en récit de l’Histoire c’est sans doute la forme romanesque qui s’est taillée la part du lion comme Georg Lukács l’a montré dans Le Roman historique (1937). Le roman historique ne naît pas au XIXe siècle. Des personnalités comme Madame de Lafayette, Mademoiselle de Scudéry ou Saint-Réal ont déjà posé ses contours et sa structure mais disons que c’est là qu’il va se développer pleinement et rencontrer une gloire terrible. Yves Vadé le définit ainsi : « Roman dont la diégèse se situe dans un passé plus ou moins lointain et qui, par le biais d’une intrigue particulière, tente de faire revivre une période de l’histoire avec ses mœurs et ses aspects les plus caractéristiques ». Chateaubriand le réactive avec son épopée en prose Les Martyrs en 1809. Walter Scott, Alfred de Vigny, Honoré de Balzac ou encore Prosper Mérimée lui offrent ses plus belles lettres de noblesse. Dans la seconde moitié du siècle, Alexandre Dumas, Paul Féval père et fils ou encore Michel Zévaco montrent qu’il n’est pas une forme figée et le font muter vers le roman de cape et d’épée ce qui ne fera que renforcer le succès du roman historique.
Axe 2. Réécrire le passé, écrire le futur
Loin de s’opposer systématiquement à l’Histoire, la fiction peut constituer un moyen privilégié de l’interroger. Romans, poèmes, mémoires, biographies imaginaires ou œuvres artistiques réécrivent les événements et proposent des lectures alternatives du passé. Quelle place accorder à l’invention dans la représentation historique ? Comment penser les usages critiques, mémoriels ou politiques de la réécriture ? On peut alors mettre en évidence les différentes facettes de la réécriture : la pratique des teinturiers pour les Mémoires (qui réécrivent des manuscrits originaux), la remise au goût du jour d’un moment historique ou d’une figure (par exemple, l’apprentissage des ouvrages de Plutarque qui, sous la Restauration, mettent en avant les Vies exemplaires et, plus largement, l’historia magistra vitae), etc. En outre, certains auteurs font le choix de maintenir à l’arrière-plan les figures historiques et de donner la vedette à des personnages fictifs. C’est le cas du jeune Honoré de Balzac dans L’Excommunié (qu’il commence entre 1824 et 1825) ou Les Chouans (1829), avant de mêler personnages fictifs et réels dans Sur Catherine de Médicis (1846) et les trois récits qu’il y rassemble. Les propositions pourront ainsi se concentrer sur la nature de ces ajouts ainsi que sur leurs effets esthétiques ou politiques.
Le XIXe siècle voit aussi se développer la notion d’uchronie, que son théoricien Charles Renouvier présente comme l’écriture d’une histoire alternative, telle qu’elle aurait pu être. Son livre Uchronie. Utopie dans l’histoire (1857) marque un tournant dans cette façon originale d’aborder la question historique, une voie non dépourvue de philosophie et d’humour que Louis-Sébastien Mercier avait commencé à dessiner au siècle passé avec L’An 2240 (1771). L’écriture alternative du passé se double tout au long du siècle d’un incessant besoin d’imaginer l’histoire future. José-Luis Diaz expose dans son article « L’avenir dans l’histoire » le constant balancement des contemporains entre croyance au progrès et pessimisme croissant. Ce dernier pousse parfois les historiens ou les auteurs à imaginer le futur sous des jours obscurs. J.-H. Rosny aîné s’en fera l’une des figures de proue en posant les bases de la science-fiction moderne et du merveilleux scientifique notamment dans La Mort de la Terre (1910). Toutes ces pratiques qui tendent à malmener la réalité historique pour la dissoudre dans le rêve, l’imaginaire ou le fantastique comme le fait Prosper Mérimée dans Vision de Charles XI (1829) peuvent aujourd’hui sembler très intéressantes. Les propositions pourront donc aborder ces questions de la fidélité à l’Histoire et des rapports qu’entretiennent le passé et le futur.
Axe 3. Naissance d’une histoire privée
Les romanciers (proto)-réalistes et naturalistes choisissent d’écrire l’histoire de la société de leur temps, et s’appuient pour cela sur des « documents, racontés ou relevés d’après nature, comme l’histoire se fait avec des documents écrits » (Journal des Goncourt, 24 octobre 1864). Quelles formes le « document humain » peut-il prendre ? Relève-t-il nécessairement d’une enquête empirique ou s’appuie-t-il sur des documents historiques ou scientifiques (par exemple médicaux et hygiéniques, cf Villermé ou Parent-Duchâtelet) ? Comment ce document humain est-il traité par les artistes ou par les historiens (voir à ce sujet les travaux de Dominique Pety) ? Que représentent vraiment les « historiens des mœurs » (Balzac) ? Peut-on décrire tout ce qui se joue derrière la porte des foyers (notamment ce qui concerne la sexualité, ses violences et ses interdits) ? Les questions de la fidélité, de la sélectivité ou du tabou dans les représentations littéraires, picturales ou sculpturales pourront ainsi être abordées. L’angle de la réception de cette nouvelle histoire (voir par exemple la réception de Germinie Lacerteux, de L’Assommoir ou de Pot-Bouille) peut constituer un autre angle d’approche. Il sera aussi possible d’étudier les travaux d’historiens qui tentent de théoriser des éléments de la vie privée (voir L’Amour de Michelet), afin d’étudier leur construction formelle, thématique ou stylistique.
Certaines œuvres situées au confluent du privé et du public apparaissent également comme des témoignages privilégiés de leurs époques. Il ²en va ainsi des correspondances, les autobiographies ou les journaux intimes, nombreux à paraître en librairie au cours de la seconde moitié du siècle. Ces publications, qu’elles soient anthumes ou posthumes, peuvent défendre – de manière plus ou moins explicite – une ambition testimoniale assortie d’un désir de postérité. Les propositions pourront interroger les mécanismes de construction de cette posture particulière et les discours tenus quant à la notion de transmission. Il arrive parfois aussi que les historiens puissent bâtir une mémoire collective à partir de documents personnels (voir le numéro « Histoire et archives de soi » de Sociétés et représentations). Les propositions pourront donc s’articuler autour du rapport entre documents privés et transmission historique.
Axe 4. Écrire l’Histoire : une histoire de choix
Toute représentation de l’Histoire implique des choix de visibilité et d’invisibilité. Pourquoi certains événements ou certaines figures sont-ils mis en avant tandis que d’autres demeurent marginalisés ? Que célèbre-t-on, et que passe-t-on sous silence ? Le XIXe siècle voit la mise en lumière de différentes sources d’énergies historiques. Certains historiens comme Jules Michelet (Histoire de France, Histoire de la Révolution Française, Le Peuple) étudient les mœurs, les rites, les évènements de la force populaire, et viennent ainsi à évoquer la capacité du peuple à infléchir les mouvements de l’histoire, à participer à la création d’une histoire collective parfois célébrée dans un style lyrique. Les historiens peuvent aussi étudier et célébrer de grandes figures historiques et développer à partir d’elle, un propos, un ensemble de thèses sur la matière historique. Michelet le fait en certains lieux mais c’est surtout Thomas Carlyle qui laisse son nom associé à cette pratique. Dans Les Héros (1841), son chef-d’œuvre, ainsi que dans Les Premiers roi de Norvège (1875), Carlyle, à travers l’étude et la célébration de la puissance d’une galerie de grandes figures historiques masculines, dessine l’idée que l’histoire est faite par ces personnalités majeures et fédératrices. Sans être insensible à la question populaire comme le montre son essai Cathédrales d’autrefois et usines d’aujourd’hui : passé et présent (1843), Carlyle affirme la supériorité des figures tutélaires sur les autres facteurs pour modifier la marche des siècles. Son travail peut d’ailleurs être placé en dialogue (voire en débat) avec celui de Ralph Waldo Emerson dans son essai Hommes représentatifs (1850).
Les choix de représentation ou d’invisibilisation trouvent généralement des causes historiques. À ce titre, la représentation des victoires, des défaites, des révolutions, des catastrophes ou des périodes de crise revêt un intérêt particulier. L’axe de mise en lumière choisi par l’auteur ou l’artiste déterminera en effet une certaine vision des événements et un discours politique sur le rôle de chacun dans l’Histoire. Aude Déruelle montre dans son étude du personnage historique que ce dernier peut être plus ou moins fictionnalisé, agissant alors comme figure, allégorie ou personnage. Comment les personnages historiques sont-ils construits ? Que choisit-on de dire ou de cacher ? Existe-t-il certains lieux privilégiés, certains leitmotive dans les représentations des figures historiques ou des événements (voir la fortune littéraire de la Bérézina et plus généralement des batailles napoléoniennes) ? Ces figures, façonnées par des individualités parfois très engagées politiquement, peuvent également être porteuses de valeurs positives ou négatives. Quels enjeux idéologiques sous-tendent ces mises en récit ou en image (voir, au niveau de la critique, Philippe Hamon, Susan Suleiman, ou Ricoeur sur l’« oubli et la mémoire manipulée » entre autres) ?
Au contraire, certaines expériences historiques semblent résister à toute mise en forme : violences extrêmes, guerres, traumatismes. Comment dire l’horreur, faire le deuil ou témoigner de ce qui paraît échapper à la représentation ? Il sera par exemple possible de réfléchir à une esthétique ou à une poétique du traumatisme (voir Pamela Puntel sur l’écriture poétique de la défaite de 1870). À l’inverse, certaines œuvres choisissent de se détourner de l’Histoire. Guillaume Peigné rappelle ainsi qu’à partir de 1871, les militaires sont de moins en moins représentés par les sculpteurs français, et que l’approximation iconographique est l’une des caractéristiques des monuments représentant les soldats sur les monuments commémoratifs. Il sera ainsi pertinent d’étudier ce qui caractérise ces représentations, ainsi que ce que l’on produit en lieu et place de la mise en forme ou en texte de ces expériences se dérobant à tout traitement historique ou artistique.
Axe 5. Minorités et possibilités d’une contre-Histoire
Les approches de genre ont profondément renouvelé les manières d’écrire et de représenter l’Histoire (voir les travaux de Michelle Perrot). Elles pourront permettre d’ouvrir une réflexion autour de la représentation de la femme au XIXe siècle, terrain fertile puisque le statut social et légal de la femme ne cesse d’être débattu et interrogé, dans les lois (du Code civil jusqu’à la Troisième République) ainsi que dans les productions historiographiques, littéraires ou iconographiques. Au milieu de discours profondément misogynes se développe en outre une conscience féministe sensible chez Hortense Allart, Louise Michel ou Hubertine Auclert. Comment les femmes apparaissent-elles dans les représentations historiques et artistiques ? Quels rôles leur sont généralement attribués ? Sont-elles renfermées dans l’espace domestique, ou apparaissent-elles au contraire dans des fonctions généralement attribuées aux hommes (ainsi des femmes qui accompagnaient les campagnes napoléoniennes dans La Guerre en dentelles de Georges d’Esparbès en 1896) ? Il sera également pertinent d’étudier les discours tenus par les historien.nes et les artistes sur la situation sociale, légale, politique ou économique de la femme au XIXe siècle. On peut penser aux travaux essentialisants de Michelet, à ceux, profondément antiféministes, de Proudhon, mais aussi aux réponses moins connues d’Adèle Esquiros ou de Jenny d’Héricourt, qui proposent une nouvelle réflexion féministe. Ces discours peuvent aussi être implicites : on les retrouve par exemple dans Indiana ou Lélia de George Sand (1832 et 1833). Quels contre-récits émergent de ces lectures ? Comment ces perspectives transforment-elles les représentations traditionnelles de l’Histoire ? Il sera aussi possible d’envisager la place qu’occupe l’historienne, l’auteur ou l’artiste au sein de la société, en étudiant par exemple les discours tenus par leurs contemporains (voir, au sujet des sculptrices, les travaux de Pauline Milani). Enfin, on pourra aborder les questions du regard masculin et de la différence genrée des représentations des figures historiques féminines au sein des différentes disciplines.
Les propositions pourront en outre se concentrer sur le traitement historique ou artistique des minorités sexuelles (notamment les individus ou groupes queers). Si le terme « homosexuel » apparaît en 1869 dans les travaux du militant austro-hongrois Karl Maria Kertbeny, il sera surtout employé en médecine afin de poser l’idée d’une dégénérescence physique et morale (voir à ce sujet Michel Foucault, La Volonté de savoir). Quels sont les discours tenus par les historien.es à ce sujet ? Dialoguent-ils avec la discipline médicale ? La seconde moitié du siècle voit également naître les premiers mouvements LGBTQIA+ en Europe (cf les travaux de Régis Schlagdenhauffen). Comment représente-t-on ces militant.es ? Quels sont leurs engagements, quelle est leur influence sur l’historiographie ? Les propositions pourront aussi se concentrer sur le traitement littéraire ou iconographique des personnages ou personnalités queers en rapport avec le discours dominant et la situation légale et sociale de ces populations, afin de faire émerger une nouvelle histoire des minorités sexuelles.
Enfin, il sera possible d’aborder, dans le sillon des études coloniales ou postcoloniales, la question de la représentation des populations colonisées. Les propositions pourront se concentrer sur la période coloniale, allant du rétablissement de l’esclavage par Napoléon à son abolition par Scholcher en 1848, mais aussi sur les dynamiques de pouvoir qui remplacent ce système ou encore les compensations qui se sont mises en place à la suite de la défaite de 1870. Plus généralement, il sera possible de travailler sur les représentations des populations racisées. Les travaux de Pierre Serna ont notamment exposé la naissance de la figure péjorative du « Noir » au cours du XIXe siècle : comment cette stigmatisation se retrouve dans les travaux des historiens (on peut notamment penser à Michelet et aux nombreux stéréotypes raciaux développés dans La Femme en 1859) ou dans les représentations littéraires ou artistiques ? Certains textes, comme Ourika de Claire de Duras (1823) présentent des figures minoritaires humanisées et qui se détachent apparemment des clichés de l’époque. Au sein de la littérature populaire de la fin du siècle, entre autres, ces stéréotypes sont pourtant bel et bien vivaces et la représentation de l’Autre constitue, toujours, l’opportunité de valoriser sa propre histoire. Quelles sont, dès lors, les limites de ces représentations ? Enfin, il sera possible d’étudier les travaux historiographiques ou les représentations produites par des personnes racisées, afin de faire jaillir une contre-histoire.
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(Saint-Omer, 1825 – Paris, 1901)
1865
Planche extraite de l’album Improvisations sur cuivre
Coup de planche : env. 31 x 23 cm / Feuille : env. 57 x 37,5 cm

