Dans le cadre du Bicentenaire de la photographie, le ministère de la Culture organise un colloque international :
Colloque international du Bicentenaire de la Photographie
« Sous nos yeux. Deux siècles d’archives photographiques »
APPEL À COMMUNICATION
Comité d’organisation : Marie-Charlotte Calafat (Mucem), Eléonore Challine (Univ Paris 1) et Manuel Charpy (CNRS)
Comité scientifique : Marianne Amar (UMR n° 7220), Philippe Artières (CNRS), Marie-Ève Bouillon (Archives nationales), Annabelle Lacour (Musée du Quai Branly), Bertrand Tillier (Univ. Paris 1), Elvan Zabunyan (Univ. Paris 1), Ece Zerman (CNRS)
Dates : 24, 25 et 26 mars 2027
Lieu : Marseille, Mucem
Co-organisateurs et partenaires : Mucem, InVisu, INHA, Université Paris 1 – HiCSA, IUF
À l’initiative du ministère de la Culture, de septembre 2026 à septembre 2027, sera célébré le Bicentenaire de la photographie, qui commémore la date de réalisation de la première image photographique par Nicéphore Niépce. En 1989, le cent-cinquantenaire de la photographie avait été porté par la question artistique et le devenir art du médium, à travers de grandes expositions comme L’Invention d’un regard au musée d’Orsay ou L’Invention d’un art au Centre Georges Pompidou, qui marquaient l’entrée de la photographie au musée d’art et l’aboutissement d’un puissant élan patrimonial, qu’on ressentait aussi dans l’exposition 1839. La photographie révélée, organisée aux Archives nationales. Les manières de faire l’histoire des photographies ont changé. Trente-sept ans après 1989, nous sommes partis de la manière dont la photographie tisse histoire commune et histoires particulières, dont elle marque notre expérience quotidienne du monde – nos souvenirs, nos intérieurs, notre imaginaire, nos représentations –, dont elle parvient à susciter des récits, parce qu’elle est peut-être une des manières les plus partagées de produire des images.
Le colloque international « Sous nos yeux. Deux siècles d’archives photographiques » veut explorer cette dimension, en prenant acte des transformations de la recherche en matière d’histoire de la photographie, mais aussi d’histoire ou d’anthropologie des photographies. En 2017, dans Photographie Histoire et contre-Histoire, François Brunet concluait son essai par une réflexion sur le poids nouveau des archives photographiques, ce qu’il nommait « une ruée sur les archives », qui s’accompagnait selon lui de l’écriture de photohistoires, c’est-à-dire des nombreux récits suscités par des ensembles photographiques désormais à portée de main, parce que numérisés, accessibles. Dix ans plus tard, en 2027, son analyse ne s’est pas démentie et le processus de numérisation a même connu une forte accélération. Dans cette perspective, ce colloque souhaite revêtir une véritable dimension globale en incluant des approches, des histoires et des expériences multiples.
En l’espèce, la photographie est un support singulier : partout dans et hors des institutions patrimoniales, nous constituons des fonds, patiemment construits, commentés, organisés – ou désorganisés, en jachère… On songe naturellement aux archives familiales ou domestiques, pleine de photographies, ou au contraire aux photographies manquantes, détruites. Au-delà de la famille (entendue au sens large et de tous types), on trouve en réalité partout des ensembles de photographies gardées, conservées : dans les entreprises, des syndicats aux patrons, dans les associations militantes comme récréatives, dans les collectifs informels… Océan d’images qui baignent nos quotidiens en même temps que sédimentations de nos vies sociales. Autant ces images sont peu visibles, fragiles – les étals de brocantes sont pleins de ces fonds démembrés, vendus à la découpe –, autant elles sont partout, souvent rassemblées et conservées par des individus ou des collectifs en dehors des institutions. Avec la photographie, tout le monde ou presque s’est fait producteur ou commanditaire d’images, et tout le monde s’est fait archiviste.
Si les archives, les musées ou les bibliothèques accueillent ces images, notamment via les entrées exceptionnelles de fonds privés, depuis le XIXe siècle, des groupes constituent des ensembles dans l’espoir de leur reconnaissance institutionnelle ou de leur préservation pour les générations futures – de la Société française de Photographie (SFP) en 1854 à l’Arab Image Foundation en 1997. Aujourd’hui, les débats et questions sur les archives, des archives de l’ordinaire et de l’intime aux archives de collectifs et minorités bousculent le monde de la photographie – quelles mémoires photographiques ? celles de qui ? pour qui ? De plus en plus, la photographie amateur et dite anonyme fait son entrée dans les collections. En France, on pourra citer les cas suivants qui ne sont que quelques-uns parmi d’autres : les photographies de famille au Musée national de l’Histoire de l’immigration, la collection de Marion et Philippe Jacquier au musée des Beaux-arts de Grenoble, la collection « Un livre une image » à la SFP… La prise en compte de telles archives permet ainsi de déplacer les hiérarchies établies et de reconfigurer les récits dominants de l’histoire de la photographie.
Pas de fonds d’archives du contemporain sans photographies ; pas de fonds photographiques sans désir de faire archives. Il n’est pas indifférent que l’intérêt pour ces fonds soit réveillé par leur raréfaction ou leur tarissement d’une part – en tous les cas, pour ce qui concerne les photographies dites argentiques – et par leur possible numérisation d’autre part qui rebat les cartes et remet en circulation via le web ces images.
Si l’occasion des commémorations, et singulièrement des débuts, est souvent l’occasion de consolider les mythes et de modeler des statues, de célébrer le patrimoine patiemment constitué, ce colloque international voudrait en un sens en prendre le contrepied, en voyant non pas les collections et fonds photographiques comme des monuments mais en privilégiant au contraire un rapport de proximité avec les photographies et en s’interrogeant sur ce que cette proximité produit.
Ce colloque veut explorer ces enjeux d’une manière transversale et internationale selon plusieurs fils rouges qui pourront donner lieu à de multiples interrogations et s’entremêler : une interrogation sur le vocabulaire et les mots pour dire cette photographie « ordinaire », proche, quotidienne, personnelle, familiale ou familière ; le parcours des images photographiques, non pas tant sur les modalités de leur production que sur leur trajectoire et leur devenir archive ; le travail, l’écriture et la création avec les archives photographiques, autrement dit l’expérience des archives.
Pistes de recherches possibles et questions privilégiées
Réfléchir au vocabulaire et aux mots employés pour décrire la photographie du proche : vernaculaire, amateur, privée, familiale, domestique, moyenne, ordinaire, personnelle, etc.
Étudier la production et la circulation des fonds photographiques (processus de constitution, transmission, institutionnalisation, perte, destruction voire absence) ; ce que ces fonds fabriquent comme usages, comme mémoires, comment ils obligent celles et ceux qui les reçoivent ; mais aussi le devenir des images ordinaires (numérisation, description, diffusion, muséographie, perte et disparition).
Penser les archives photographiques de famille, les archives photographiques de l’exil et des migrations, du travail.
Étudier les bouleversements des usages des archives photographiques dans le monde en période coloniale et postcoloniale.
Repenser l’histoire de la patrimonialisation en envisageant les archives comme mémoire présente ou manquante. Accorder une importance particulière aux sujets invisibilisés à l’image des archives queer LGBT.
Ce que les archives photographiques produisent en nous et comment elles orientent nos réflexions et nos travaux. Quelles sont les méthodologies qui naissent en étudiant ces fonds, comment retrace-t-on des trajectoires d’archives ? Comment les artistes contemporains (XXe – XXIe siècles) produisent-ils et elles des œuvres à partir de fonds d’archives en créant de nouvelles façons de les considérer ?
Les « archives manquantes ». Accorder une attention particulière aux archives aujourd’hui menacées, ou déjà disparues, dans des contextes géopolitiques à l’échelle des cinq continents (conflits armés, destructions volontaires/politiques, manque de ressources et moyens de conservation, conditions environnementales).
Réfléchir à l’éthique et aux usages des archives photographiques ; à leur diffusion via des publications ou le web et aux diverses réappropriations dont elles peuvent faire l’objet. Archivage du numérique et arrivée de l’IA : quelles archives photographiques pour le contemporain et pour demain ?
Propositions et calendrier
Langues : français et anglais
Propositions
Les propositions de chercheur·ses (junior ou confirmé·e·s) et d’artistes de tous les pays sont les bienvenues. Deux types de propositions seront acceptées :
Des propositions de communication individuelle pour des communications de 20 mn
Des propositions de table-ronde avec suggestion d’une thématique mais aussi d’invités (2 à 3)
Format attendu des propositions :
Proposition de 300 mots (1 page) comprenant le titre de l’intervention ainsi qu’un résumé et une image, en y joignant une bio-bibliographie d’une demie-page.
Calendrier
Date limite d’envoi des propositions : 15 avril 2026
Réponse du comité : juin 2026
Lien vers l’appel en ligne : https://invisu.cnrs.fr/project/sous-nos-yeux-deux-siecles-darchives-photographiques/
Adresse mail d’envoi des propositions : bicentenairephotographie@inha.fr

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