« Le corps du Christ aux mains de femmes. Images et genre dans les cultes passionnaires et eucharistiques à la cour d’Espagne (1599-1651) », le 30 mai à 14h, ENS Ulm, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris, salle des Actes
thèse de doctorat menée sous la codirection de María de la Cruz de Carlos Varona, profesora titular à l’Universidad Autónoma de Madrid et Cécile Vincent-Cassy, professeure des universités à CY Cergy Paris Université
Jury : M. Roland Béhar (maître de conférence HDR, École Normale Supérieure de Paris), M. Ralph Dekoninck (professeur ordinaire, Université catholique de Louvain), Mme Anne Lepoittevin (professeure des universités, Sorbonne Université), M. Felipe Pereda (professeur, Harvard University) et Mme Sarah Voinier (professeure des universités, Université d’Artois).
contact: ag***********@*yu.fr
Accès au lieu de la soutenance
L’accès au campus se fait au 45 rue d’Ulm, par la petite porte à droite du portail voiture. Il vous faudra ensuite entrer dans le bâtiment par l’entrée principale, prendre le couloir de droite juste après le halle, et le suivre jusqu’à l’escalier / ascenseur A. La salle des Actes se trouve au premier étage, directement sur le palier.
Résumé de la thèse
Dans la première moitié du XVIIe siècle, les cultes eucharistiques et passionnaires tenaient une place centrale dans la culture politique et religieuse à la cour de la Monarchie hispanique. Ils étaient également au cœur des tensions contemporaines autour du bon usage des images et du decoro du culte, liées au problème de la matérialité et de la visibilité du divin. Notre thèse propose une étude transversale de ces cultes, dans leurs aspects matériels et visuels, depuis une perspective de genre. Les femmes des élites courtisanes, loin d’être des réceptrices passives du sacrement ou du spectacle du culte, participaient en effet activement à leur configuration par des commandes de retables, des dons d’objets d’orfèvrerie, des financements de célébrations, des patronages de couvents, ou encore par leurs relations avec des auteurs de traités eucharistiques illustrés. Nos recherches rendent compte de ce réseau d’images-objets et de situations qui conforment les cultes eucharistiques, et s’interrogent sur les raisons structurelles de l’affinité des femmes des élites courtisanes pour ces cultes. Elles s’ouvrent avec l’arrivée en Espagne de la reine consort Marguerite d’Autriche-Styrie en 1599, érigée en modèle du culte dynastique des Habsbourg à l’eucharistie et de la défense du corps du Christ contre des « hérétiques » désignés. Nous rendons compte des stratégies de distinction dont la reine et celles qui l’entourent et lui succèdent font de l’investissent matériel du culte à l’eucharistie un terrain de distinction et de négociation de leur autorité religieuse, familiale et politique.
Nos recherches font aussi émerger des raisons plus structurelles à cet investissement dévotionnel : les dynamiques de service, de concurrence et d’assimilation qui liaient les corps des femmes à celui du Christ dans la culture visuelle courtisane. C’est à cette lumière que nous analysons leur position dans les cérémonies de réparation suite à des prétendues profanations d’hosties ou d’images christiques, mais aussi leur relation aux images dans des espaces presque exclusivement féminins comme le monastère royal de l’Incarnation. L’étude de ces pratiques mène, enfin, à interroger les dynamiques de genre qui sous-tendent l’efficacité des images du Christ. Si le corps eucharistique, sacrifié et nourricier, est décrit dans les textes contemporains comme un corps maternel et allaitant, la séduction exercée par son image sur le sens des dévots et dévotes mobilise fluidement des codes visuels associés à la virilité comme à la féminité. Les analyses d’images peintes, gravées et sculptées qui forment le cœur de cette thèse contribuent ainsi à une meilleure compréhension des régimes d’images à l’époque moderne, à la cour d’Espagne et au-delà, et réaffirment l’intérêt d’une perspective de genre pour saisir leur caractère profondément historique et ambivalent.
