Les dames de fer, des Lumières à la Grande-Guerre en Europe (1715-1918) (Paris, 4 nov. 2026)

Appel à communication
Les dames de fer, des Lumières à la Grande-Guerre en Europe (1715-1918)

Date limite de l’appel : 15 septembre 2026.
Date de l’événement : 4 novembre 2026.
Lieu : Université Paris-Est Créteil (UPEC).

À l’heure où l’histoire des femmes renouvelle profondément les approches de l’histoire, de l’histoire de l’art, des collections et des pratiques savantes, cette journée d’étude souhaite interroger la place des femmes dans le monde de la médaille et de la numismatique en Europe, des Lumières à la Grande-Guerre. Longtemps envisagé comme un domaine essentiellement masculin[1] – celui des érudits, antiquaires, collectionneurs et conservateurs – l’univers médaillistique apparaît pourtant traversé par des présences féminines multiples qu’il convient aujourd’hui de mettre en lumière.

Collectionneuses de monnaies et de médailles telles que Catherine II de Russie (1729-1796) ou la duchesse de Berry (1798-1870), héritières et détentrices de cabinets numismatiques, épouses, correspondantes ou collaboratrices de collectionneurs et de savants à l’image de Marthe-Marguerite de Caylus (1671-1729) ou de Sophie de Condorcet (1764-1822), les femmes participent pleinement à la constitution, à la transmission et à la diffusion des savoirs numismatiques. Certaines jouent un rôle actif dans les réseaux de sociabilité érudite qui se développent aux XVIIIe et XIXe siècles ; d’autres, comme Elvira Eliza Clain-Stefanelli (1914-2001), prennent la tête d’institutions patrimoniales, de bibliothèques ou de cabinets de médailles, contribuant à la conservation et à la valorisation de ces collections. À travers leurs pratiques, leurs écrits, leurs correspondances ou leurs engagements institutionnels, elles participent à une histoire culturelle encore largement à étudier.

Certaines participent directement à la création de monnaies et de médailles comme graveuses, sculptrices ou médailleuses. Malgré les obstacles institutionnels et académiques qui limitaient leur accès aux arts du métal et de la gravure, plusieurs artistes femmes parvinrent à s’imposer dans le champ médaillistique entre le XVIIIe et le début du XXe siècle, à l’image de Élisa Beetz-Charpentier (1859-1949) ou de Geneviève Granger (1877-1967). Portraits officiels, médailles commémoratives et récompenses institutionnelles témoignent ainsi de leur contribution à la culture visuelle et politique de leur temps, tout en invitant à repenser la place des femmes dans l’histoire de la médaille et des arts décoratifs.
La médaille constitue également un support privilégié de représentation du féminin. Figures allégoriques, souveraines, mécènes, héroïnes nationales, saintes, épouses ou mères exemplaires peuplent les productions médaillistiques des XVIIIe et XIXe siècles. Marie, Jeanne d’Arc, Marie-Antoinette, la reine Victoria ou encore Charlotte Corday incarnent ainsi des usages politiques, mémoriels et symboliques du féminin à travers l’objet médaille. À travers ces effigies se dessinent des modèles de vertu, des constructions politiques du pouvoir féminin, mais aussi des représentations genrées du corps et des rôles sociaux. A l’inverse, des productions métalliques satiriques voient le jour en 1848 lorsque quelques femmes prennent la parole pour demander le rétablissement du divorce et le droit de vote. De la médaille d’Ancien Régime en passant par les productions révolutionnaires et impériales, les images féminines offrent ainsi un observatoire privilégié des imaginaires sociaux et politiques.

Cette journée d’étude entend donc croiser histoire, histoire de l’art, histoire des institutions, histoire des collections, histoire du genre, ainsi que l’histoire des représentations et des sensibilités afin de mieux comprendre les multiples relations que les femmes entretiennent avec l’objet monétaire et médaillistique, entre le XVIIIe siècle et la Première Guerre mondiale. Plusieurs problématiques pourront ainsi être explorées : de quelles manières les femmes participent-elles à la production, à la circulation et à la légitimation des savoirs médaillistiques ? Dans quelle mesure les représentations féminines sur les monnaies et les médailles contribuent-elles à construire des modèles politiques, sociaux ou moraux du féminin ? Enfin, comment les pratiques artistiques des médailleuses et graveuses permettent-elles de repenser les hiérarchies de genre dans les arts décoratifs et les institutions savantes ? Dans quelle mesure les représentations féminines sur les monnaies et les médailles contribuent-elles à construire des modèles politiques, sociaux ou moraux du féminin ? Enfin, comment les pratiques artistiques des médailleuses et graveuses permettent-elles de repenser les hiérarchies de genre dans les arts décoratifs et les institutions savantes ?

Les propositions de communication pourront s’inscrire dans les axes suivants sans exhaustivité :

Femmes collectionneuses de monnaies et de médailles,
Épouses, héritières et collaboratrices de numismates et d’érudits,
Sociabilités savantes et réseaux féminins autour de la numismatique,
Femmes conservatrices, bibliothécaires et responsables d’institutions médaillistiques,
Représentations des femmes dans les monnaies et les médailles,
Iconographie, allégorie et construction des figures féminines,
Femmes artistes, graveuses et médailleuses,
Circulation, transmission et patrimonialisation des collections féminines,
Genre, pouvoir et mémoire dans la médaille commémorative.

Les communications pourront relever de différentes disciplines : histoire, histoire de l’art, histoire des collections, numismatique, littérature, études de genre, anthropologie culturelle ou histoire des institutions patrimoniales.

Modalités de candidature : Les propositions de communication devront nous parvenir jusqu’au 15 septembre 2026 sous forme d’un abstract composé d’un titre, d’un résumé (400 mots max.) et d’une courte biographie aux adresses suivantes : m.***********@***il.com et ch***************@*****il.com.
Comité d’organisation
 : Marc-Antoine Quignodon (UPEC) ; Charlotte Rousset (Université de Lille).

Bibliographie sélective :

Agulhon Maurice, Marianne au combat. L’imagerie et la symbolique républicaines de 1789 à 1880, Paris, Flammarion, 1979.

Corbin Alain, Courtine Jean-Jacques et Vigarello Georges (dir.), Histoire du corps, Paris, Seuil, 2005-2006, 3 vol.

Cosandey Fanny, La Reine de France. Symbole et pouvoir, XVe-XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, 2000.
Hunt Lynn, Politics, Culture, and Class in the French Revolution, Berkeley, University of California Press, 1984.

Landes Joan B., Women and the Public Sphere in the Age of the French Revolution, Ithaca, Cornell University Press, 1988.

Perez Stanis, Le Corps des femmes : mille ans de fantasmes et de violences, XIe-XXIe siècle, Paris, Perrin, 2024.

Riot-Sarcey Michèle, La Démocratie à l’épreuve des femmes. Trois figures critiques du pouvoir (1830-1848), Paris, Albin Michel, 1994.

Rivière Anne et Le Normand-Romain Antoinette (dir.), Femmes sculpteurs, Paris, Somogy, 2011.

Roche Daniel, La Culture des apparences. Une histoire du vêtement (XVIIe-XVIIIe siècle), Paris, Fayard, 1989.

Sarmant Thierry, La République des médailles. Numismates et collections numismatiques à Paris du Grand Siècle au siècle des Lumières, Paris, Champion, 2003.

Schaal Katia, « Vain voyage à Volendam (1908). Geneviève Granger (1877-1967) », dans Sculptures, no 10, Nanterre, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2023.

Sheriff Mary D., Moved by Love. Inspired Artists and Deviant Women in Eighteenth-Century France, Chicago, University of Chicago Press, 2004.

Sheriff Mary D., The Exceptional Woman. Elisabeth Vigée-Lebrun and the Cultural Politics of Art, Chicago, University of Chicago Press, 1996.

Thomas Edith, Les Femmes de 1848, Paris, PUF, 1948.

Viennot Éliane, La France, les femmes et le pouvoir, Paris, Perrin, 2006-2008, 2 vol.

Vigarello Georges, Le Sentiment de soi. Histoire de la perception du corps (XVIe-XXe siècle), Paris, Seuil, 2004.

Call for papers
The Iron Ladies: Women and Numismatics in Europe from the Enlightenment to the Great War (1715–1918)

Deadline for submissions:
15 September 2026.
Venue: Université Paris-Est Créteil (UPEC), France.
Date of the conference: 04 November 2026.

At a time when women’s history is profoundly reshaping approaches to history, art history, collecting practices, and the history of scholarship, this workshop seeks to explore the place of women within the worlds of medals and numismatics in Europe, from the Enlightenment to the First World War.
Long regarded as an overwhelmingly male domain—dominated by scholars, antiquarians, collectors, and curators—the numismatic and medallic world nevertheless reveals a wide range of female actors whose contributions deserve renewed attention. Women collectors of coins and medals, such as Catherine II of Russia (1729–1796) and the Duchess of Berry (1798–1870); heirs and custodians of numismatic cabinets; wives, correspondents, and collaborators of collectors and scholars, such as Marthe-Marguerite de Caylus (1671–1729) and Sophie de Condorcet (1764–1822), all played significant roles in the formation, transmission, and dissemination of numismatic knowledge.
Some women actively participated in the scholarly networks that flourished during the eighteenth and nineteenth centuries, while others, such as Elvira Eliza Clain-Stefanelli (1914–2001), directed museums, libraries, and coin cabinets, contributing substantially to the preservation and promotion of numismatic collections. Through their practices, writings, correspondence, and institutional engagements, these women took part in a cultural history that remains largely understudied.
Women also contributed directly to the creation of coins and medals as engravers, sculptors, and medallists. Despite the institutional and academic barriers that restricted their access to metalworking and engraving, a number of female artists succeeded in establishing themselves within the medallic arts between the eighteenth and early twentieth centuries. Examples include Élisa Beetz-Charpentier (1859–1949) and Geneviève Granger (1877–1967). Official portraits, commemorative medals, and institutional awards testify to their contribution to the visual and political culture of their time, while inviting us to reconsider the place of women in the history of medals and decorative arts.
The medal also constituted a privileged medium for the representation of femininity. Allegorical figures, queens, patrons, national heroines, saints, wives, and exemplary mothers populate the medallic productions of the eighteenth and nineteenth centuries. Mary, Joan of Arc, Marie-Antoinette, Queen Victoria, and Charlotte Corday, among others, illustrate the political, memorial, and symbolic uses of female imagery through the medium of the medal. These effigies reveal models of virtue, political constructions of female authority, as well as gendered representations of the body and social roles.
Conversely, satirical metallic productions emerged during the Revolution of 1848, when a number of women publicly demanded the restoration of divorce and the right to vote. From Ancien Régime medals to Revolutionary and Imperial productions, female imagery thus offers a privileged lens through which to examine social and political imaginaries.
This workshop aims to bring together approaches from history, art history, institutional history, collection history, gender studies, and the history of representations and sensibilities in order to better understand the multifaceted relationships between women and numismatic or medallic objects from the eighteenth century to the First World War.

Among the questions to be explored are:
How did women contribute to the production, circulation, and legitimisation of numismatic knowledge?
To what extent did female representations on coins and medals contribute to the construction of political, social, or moral models of femininity?
How do the artistic practices of female medallists and engravers encourage us to rethink gender hierarchies within the decorative arts and scholarly institutions?

Suggested Topics
Proposals may address, but are not limited to, the following themes:
Women collectors of coins and medals;
Wives, heirs, and collaborators of numismatists and antiquarians;
Scholarly sociability and female networks in numismatics;
Women curators, librarians, and directors of numismatic institutions;
Representations of women on coins and medals;
Iconography, allegory, and the construction of female figures;
Women artists, engravers, and medallists;
Circulation, transmission, and heritage-making of women’s collections;
Gender, power, and memory in commemorative medals.
Contributions from a wide range of disciplines are welcome, including history, art history, collection history, numismatics, literature, gender studies, cultural anthropology, and the history of heritage institutions.

Submission Guidelines
Proposals may be submitted in either French or English and should include:
A title;
An abstract of approximately 400 words;
A short curriculum vitae.

Submissions should be sent to:
m.***********@***il.com
ch***************@*****il.com

Submission deadline:
15 September 2026.

Organizers: Marc-Antoine Quignodon (UPEC) ; Charlotte Rousset (Université de Lille).

Selected Bibliography:

Agulhon Maurice, Marianne au combat. L’imagerie et la symbolique républicaines de 1789 à 1880, Paris, Flammarion, 1979.

Corbin Alain, Courtine Jean-Jacques et Vigarello Georges (dir.), Histoire du corps, Paris, Seuil, 2005-2006, 3 vol.

Cosandey Fanny, La Reine de France. Symbole et pouvoir, XVe-XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, 2000.

Hunt Lynn, Politics, Culture, and Class in the French Revolution, Berkeley, University of California Press, 1984.

Landes Joan B., Women and the Public Sphere in the Age of the French Revolution, Ithaca, Cornell University Press, 1988.

Perez Stanis, Le Corps des femmes : mille ans de fantasmes et de violences, XIe-XXIe siècle, Paris, Perrin, 2024.

Riot-Sarcey Michèle, La Démocratie à l’épreuve des femmes. Trois figures critiques du pouvoir (1830-1848), Paris, Albin Michel, 1994.

Rivière Anne et Le Normand-Romain Antoinette (dir.), Femmes sculpteurs, Paris, Somogy, 2011.

Roche Daniel, La Culture des apparences. Une histoire du vêtement (XVIIe-XVIIIe siècle), Paris, Fayard, 1989.

Sarmant Thierry, La République des médailles. Numismates et collections numismatiques à Paris du Grand Siècle au siècle des Lumières, Paris, Champion, 2003.

Schaal Katia, « Vain voyage à Volendam (1908). Geneviève Granger (1877-1967) », dans Sculptures, no 10, Nanterre, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2023.

Sheriff Mary D., Moved by Love. Inspired Artists and Deviant Women in Eighteenth-Century France, Chicago, University of Chicago Press, 2004.

Sheriff Mary D., The Exceptional Woman. Elisabeth Vigée-Lebrun and the Cultural Politics of Art, Chicago, University of Chicago Press, 1996.

Thomas Edith, Les Femmes de 1848, Paris, PUF, 1948.

Viennot Éliane, La France, les femmes et le pouvoir, Paris, Perrin, 2006-2008, 2 vol.

Vigarello Georges, Le Sentiment de soi. Histoire de la perception du corps (XVIe-XXe siècle), Paris, Seuil, 2004.

[1] Thierry Sarmant, La République des médailles. Numismates et collections numismatiques à Paris du Grand Siècle au siècle des Lumières, Paris, Champion, 2003.

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