Appel à communication : « Ce que le support fait à l’image de propagande » (Paris, 12 mai 2016)

Marx, Engels, Lénine et StalineCet atelier s’inscrit dans une série de cycles de journées d’étude sur la propagande. Après une première série de trois journées centrées sur la définition, la mise en œuvre et les conditions d’échec de la propagande, une seconde série a débuté, davantage consacrée à la dimension proprement visuelle de la propagande. En 2015, un premier atelier a examiné l’utilisation de la notion de beauté par les propagandistes ; les prochaines années, nous nous intéresserons à la marchandisation des images de propagande et à la question essentielle du kitsch. Au préalable, cette année doit permettre une réflexion sur les supports de la propagande. Quelles sont les raisons qui déterminent le choix de supports différents et quelle est la conséquence de ce choix sur l’action de propagande ? Il s’agit de reprendre la question usuelle en histoire de l’art des mediums afin de trouver une nouvelle entrée pour comprendre la propagande, ses objets concrets et sa réception. C’est un nouveau moyen de nous rapprocher de ces images, trop souvent regardées à distance, et de reconstituer l’expérience visuelle de la propagande.

La propagande, pour être efficace, doit multiplier ses supports pour toucher différents publics, à différents moments, dans différents espaces. Cette multiplication des supports a pu être interprétée de deux façons complémentaires. Il peut d’abord s’agir de multiplier les modes d’expression du message. Ainsi, et sans attendre la théorisation de la « propagande totale » de Tchakhotine au XXe siècle, les missionnaires chrétiens de l’époque moderne savaient la nécessité de varier les supports de leur catéchèse, de l’image pieuse aux cantiques en passant par des constructions architecturales au programme plus ou moins ambitieux. Mais la multiplication des mediums peut aussi renvoyer, de façon plus précise, à l’exploitation d’une même image sur des supports différents. Une peinture originale peut être ainsi déclinée en gravures, une photographie en affiches, en cartes postales ou en images imprimées ou gravées sur divers objets ; sans oublier les passages entre les images fixes et celles du cinéma et de la télévision. Au cours de ses variations, l’image est souvent recadrée, modifiée, mise à côté d’autres images, parfois mise en mouvement ou au contraire immobilisée. Et sa matérialité, sa texture, ses couleurs, sa taille sont à chaque fois transformées.

Nos questionnements peuvent être regroupés autour de deux thèmes :
Tout d’abord, nous voulons interroger les logiques propres à chaque type de supports, que l’on pense aux caractéristiques populaires qui sont associées à la gravure sur bois ou à la linogravure, ou à des usages particuliers à certains contextes, comme l’intérêt des peintres nazis pour la peinture à l’huile, seul médium capable selon eux de révéler les caractéristiques raciales qu’ils veulent voir et rendre visibles. Quels stéréotypes concernant tant les supports que les publics visés (jeunes, féminins, populaires, cultivés…) sont à l’œuvre dans les choix des propagandistes ?
Ensuite, nous aimerions saisir la conséquence de cette démultiplication sur le message de propagande lui-même. Le résultat s’avère souvent ambivalent : si le but est de renforcer les convictions des populations, l’omniprésence des images peut aussi affaiblir le message, le banaliser, lui faire courir le risque de l’insignifiance. De plus, en multipliant les lieux dans lesquelles les images prennent place, les propagandistes multiplient aussi les contextes de réceptions, souvent difficiles à contrôler, et ainsi les possibilités de réappropriation. L’affiche, réputée si efficace, est facilement l’objet de dégradations et de détournements. Le choix de la télévision peut offrir un autre exemple : il assure une présence de la propagande au cœur des foyers, mais augmente le risque d’une « réception faible » et d’une « attention oblique » selon les expressions des sociologues de la réception. Toutes ces questions ont dû faire l’objet de questions de la part des propagandistes comme des artistes, et il faudrait pouvoir retracer les raisons des différentes réponses proposées.
Dans tous les cas, c’est une façon pour nous de continuer à nous décentrer des programmes propagandistes, forcément ambitieux, en les confrontant aux limites inévitable de leur mise en œuvre.

La journée aura lieu le jeudi 12 mai à l’École Normale Supérieure d’Ulm. Merci d’envoyer une proposition de 500 mots avant le 25 février à bazin.jerome@wanadoo.fr.

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  • […] Cet atelier s’inscrit dans une série de cycles de journées d’étude sur la propagande. Après une première série de trois journées centrées sur la définition, la mise en œuvre et les conditions d’échec de la propagande, une seconde série a débuté, davantage consacrée à la dimension proprement visuelle de la propagande. En 2015, un premier atelier a examiné l’utilisation de la notion de beauté par les propagandistes ; les prochaines années, nous nous intéresserons à la marchandisation des images de propagande et à la question essentielle du kitsch. Au préalable, cette année doit permettre une réflexion sur les supports de la propagande. Quelles sont les raisons qui déterminent le choix de supports différents et quelle est la conséquence de ce choix sur l’action de propagande ? Il s’agit de reprendre la question usuelle en histoire de l’art des mediums afin de trouver une nouvelle entrée pour comprendre la propagande, ses objets concrets et sa réception. C’est un nouveau moyen de nous rapprocher de ces images, trop souvent regardées à distance, et de reconstituer l’expérience visuelle de la propagande.  L’appel complet ici. […]

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