Appel à communication : « Bacchanales ! Le nu, l’ivresse et la danse au XIXe siècle » (Bordeaux, 4-5 février 2016)

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Le mythe de Bacchus, dieu vagabond de l’ivresse, de l’extase contagieuse et de l’inspiration créatrice, connaît de multiples résurgences au cours de l’histoire. Au XIXe siècle, ce « dieu mystérieux », qui vit selon Baudelaire « caché dans les fibres de la vigne », revient en force troubler et nourrir la création artistique. Alors que les mythographes redécouvrent le culte du dieu antique et que les poètes romantiques, de Schlegel à Schelling, en raniment les profondeurs orphiques et spirituelles, les artistes se laissent également emporter par les pouvoirs enivrants de Bacchus et de son cortège. Bien avant Nietzsche, bacchanales, fêtes orgiaques, cortèges de faunes et satyres, ménades dansantes et triomphes de Bacchus envahissent l’imaginaire artistique, culturel et social de l’époque, de Delacroix à Böcklin, de Berlioz à Wagner. Le mythe antique se trouve ainsi réinvesti d’une prégnance nouvelle. Cet engouement fiévreux pour le désordre dionysiaque, qui touche à toutes les formes et à tous les registres de la création, du grand art jusqu’à l’art populaire, dévoile les contradictions d’une époque en tension, tiraillée entre raison et imagination, entre norme et désir de transgression.

Le sujet a été exploré dans ses spécificités philosophiques, littéraires ou bien mythocritiques, par les travaux incontournables de Marcelle Detienne ou de Brian Juden. Il a fait également l’objet d’approfondissements ponctuels pour l’histoire des arts, de la musique ou du spectacle. Aucune analyse d’ensemble n’a pourtant été proposée autour des manifestations bachiques qui traversent la création artistique au XIXe siècle.

À l’occasion de l’exposition Bacchanales modernes ! Le nu, l’ivresse et la danse dans l’art français du XIXe siècle, qui ouvrira ses portes au musée des Beaux-Arts d’Ajaccio en juin 2015 et au musée des Beaux-Arts de Bordeaux en novembre 2015, ce colloque se propose de prolonger la réflexion autour des apparitions polymorphes du dieu du vin dans l’art du XIXe siècle, au prisme d’une approche pluridisciplinaire. Il s’agira d’éclairer la spécificité de ces bacchanales modernes dans leurs implications esthétiques et culturelles, suivant le mythe antique dans ses nouveaux camouflages, pour mieux suivre l’arabesque de ses métamorphoses.

Le colloque s’adresse aux chercheurs en histoire de l’art, en littérature, en musicologie ou en arts du spectacle, et entend prendre en compte la dimension internationale d’un tel sujet. Les pistes et les figures qui pourraient être convoquées au sein de cette manifestation sont donc nombreuses. Elles peuvent s’articuler autour de quelques axes majeurs :

L’héritage de l’antique
Les chercheurs peuvent s’intéresser à l’historiographie du mythe de Bacchus et aux raisons du renouveau d’intérêt pour son culte au XIXe siècle. Les études philologiques ou le souci archéologique, inspiré par les peintures d’Herculanum et Pompéi, pourraient également être abordés, ainsi que l’intérêt pour les thèmes de l’idylle et de la pastorale, ou pour les sujets anacréontiques. Il s’agirait également d’étudier la reconstruction historique des mystères dionysiaques antiques, que représente par exemple le peintre anglais Lawrence Alma-Tadema. En même temps, il pourrait être question d’une antiquité revue et détournée, comme dans les cas des tableaux de Böcklin ou dans les œuvres érotiques de Félicien Rops.

Bacchus et Vénus
La dimension sensuelle et corporelle de la bacchanale doit être abordée dans ses spécificités nouvelles. Depuis l’Antiquité, le mythe de Bacchus sert souvent de prétexte pour exprimer le déchaînement des passions, la débauche, l’épuisement des sens. Au XIXe siècle, cet aspect acquiert toutefois une dimension déterminante, touchant de près le thème de l’ivresse, de l’orgie et de l’excès. Il serait intéressant d’approfondir le caractère spécifiquement « féminin » qu’assume la bacchanale à cette époque et prendre en compte la fortune, dans l’art ou la littérature, des figures du faune, du satyre et de la nymphe. Si ces thèmes permettent de représenter l’animalité des passions, ils sont également symptôme du regard masculin porté sur la femme et de la construction culturelle dont elle fait l’objet.

Musique, danse, carnaval : le dérèglement des sens
Au-delà de la référence à l’antique, le XIXe siècle invente ses propres célébrations déréglées, échos des anciennes fêtes de Bacchus. Les bacchanales musicales de Wagner, Saint-Saëns ou Offenbach, les ballets de l’Opéra, les spectacles des cafés-concerts, les fêtes de vendanges, les bals de la mi-carême, ou encore les danses populaires, révèlent une dimension moderne de la bacchanale qui investit la société de l’époque. Dans ce cas, c’est la portée sociale de la musique, du carnaval ou de la danse « contagieuse », espaces du réinvestissement du dionysiaque, qui doit être abordée, prenant en compte les écarts entre les manifestations « nobles » et les apparitions « populaires ». La valeur politique de ces nouvelles bacchanales est également un aspect important. Un exemple emblématique est notamment celui du scandale provoqué par la Danse de Jean-Baptiste Carpeaux, perçue comme l’icône de la débauche morale du Second Empire, ainsi que le remarque Émile Zola : « C’est bien simple : le groupe de M. Carpeaux, c’est l’Empire ; c’est la satire violente de la danse contemporaine, cette danse furieuse des millions, des femmes à vendre et des hommes vendus. »

La bacchanale comme métaphore de la création artistique
Il est enfin essentiel de révéler le pouvoir poïetique de la bacchanale, moment de dérèglement mais aussi métaphore et miroir de la création artistique, de l’inspiration déchaînée, du pouvoir créateur et destructeur de l’art et de l’artiste. Dans ce cas, il faudrait interroger le choix de cette identification et participation au monde de Bacchus et s’intéresser par exemple aux autoportraits de l’artiste en Dionysos, ou bien à la dimension « faunesque » ou « satyresque » de l’artiste lui-même.

Les propositions des communications, de 300 mots environ, accompagnées d’un titre et indiquant les principales sources utilisées, de même qu’une brève notice biographique, sont à adresser avant le 30 mai 2015 à l’adresse : creationivre@gmail.com

Les réponses seront communiquées au plus tard à la fin du mois de juin 2015.

Les communications ne devront pas excéder 25 minutes ; après soumission à un comité de lecture, elles pourront être intégrées aux actes du colloque. Les frais de déplacement et l’hébergement des participants seront pris en charge par le comité organisateur du colloque, grâce au soutien exceptionnel de la Fondation pour la Culture et les civilisations du vin de Bordeaux.

Comité organisateur : Adriana Sotropa (maître de conférences en histoire de l’art contemporain, Université Bordeaux Montaigne) et Sara Vitacca (doctorante contractuelle en histoire de l’art, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne).

Comité scientifique :
Sophie Barthélemy, conservatrice en chef du patrimoine, directrice du Musée des Beaux-Arts de Bordeaux; Sandra Buratti-Hasan, conservatrice du patrimoine, Musée des Beaux-Arts de Bordeaux; Philippe Morel, professeur d’histoire de l’art moderne, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Adriana Sotropa, maître de conférences en histoire de l’art contemporain, Université Bordeaux Montaigne; Sara Vitacca, doctorante contractuelle en histoire de l’art, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne; Pierre Wat, professeur d’histoire de l’art contemporain, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Partenaires
Université Bordeaux Montaigne ; Centre François-Georges Pariset (EA 538) ; Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; Musée des Beaux-Arts de Bordeaux ; Fondation pour la Culture et les civilisations du vin de Bordeaux.

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