Appel à communications : « Espace architectural européen : échanges, circulations et transferts culturels » (Paris, INHA, 17 décembre 2018)

En Europe, la circulation des savoirs faire et des idées, déjà très intense au cours du Moyen Âge, ne cesse de s’accentuer au fil des siècles. Ce processus identifié en tant que « transferts culturels » à la fin du XXème siècle, participe dès lors activement à l’émergence progressive de cultures architecturales partagées, évoluant au gré de phénomènes de métissage et d’hybridation. Il semble ainsi possible de définir un « espace européen de l’architecture », en lien avec ces échanges intensifs au sein du continent.

Le concept de transferts culturels, formulé à partir des années 1980 à l’occasion de travaux littéraires[1], a été plus récemment adapté par différentes études à l’histoire de l’art[2]. En ce qui concerne l’actualité de la recherche en architecture, la journée d’études doctorales organisée à Strasbourg en février 2018 avait pour finalité de statuer sur les études plus proprement consacrées à l’historiographie. Elle a également permis de rappeler la multiplicité des aspects de ce phénomène, allant jusqu’à questionner la légitimité même de la terminologie de « transferts culturels » en tant que construction moderne parfois peu adaptée aux différentes réalités qu’elle ambitionne de couvrir. Au regard de ces derniers travaux, la journée d’études doctorales du 17 décembre 2018 se propose de recentrer la notion de transferts culturels dans le cadre plus spécifique d’une histoire de l’architecture en Europe. Il s’agit d’essayer d’individualiser celle-ci en tant que vecteur déterminant pour la construction d’un espace européen de l’architecture du Moyen Âge à nos jours. Cela sous-entend une réflexion sur plusieurs niveaux, depuis l’analyse des dynamiques de ces transferts, jusqu’à l’interrogation de l’idée de frontière en tant que barrière ou catalyseur d’échanges. La question des intercesseurs, qui transmettent autour d’eux leurs pratiques et participent à la diffusion d’idées et savoirs par le biais de différents réseaux, est alors fondamentale. Cela doit aussi permettre de mieux identifier des lieux d’impulsion et de réception privilégiés des transferts culturels, couvrant des réalités variées d’une époque à l’autre. Il s’agit dès lors de prendre en considération les dimensions plus larges qui conditionnent ce phénomène, qu’elles soient religieuses, politiques, idéologiques ou encore économiques, participant parfois volontairement au renforcement des dynamiques d’interactions et de transmission de modèles. Les propositions pourront notamment s’inscrire dans les différents axes de réflexion que nous proposons pour cette journée :

  1. Les transferts culturels naturels, socle d’un espace architectural européen ?

La multiplicité des échanges qui caractérise une « Europe des flux[3] », inhérents à l’idée même de « transferts culturels », paraît avoir favorisé la naissance d’un espace européen de l’architecture. La question de la circulation des personnes notamment, par le biais de déplacement de populations pour raisons géopolitiques ou religieuses, d’échanges commerciaux, ou encore de voyages à titre individuel semble alors particulièrement éloquente. Ainsi, ces phénomènes ont naturellement contribué à la constitution de centres de rencontre et de brassage culturel, s’affirmant ou déclinant au fil du temps, pourront par exemple être abordés.

  1. Des transferts culturels provoqués ?

La mise en avant d’une certaine accélération des transferts culturels par le biais d’interactions plus maîtrisées, dans le cadre d’une Europe à la recherche d’unité et d’identité, peut également être approfondie. C’est notamment l’occasion d’insister davantage sur les vecteurs de ces échanges, et les mécanismes volontaires à l’origine de ceux-ci, qu’ils soient d’ordre idéologique, politique, institutionnel, ou relevant encore d’autres circuits d’échanges intellectuels et didactiques qui permettent l’assimilation culturelle recherchée. La relation avec d’autres entités extra-européennes, partageant les dynamiques culturelles du vieux continent n’est pas non plus à négliger.

  1. Instrumentaliser les transferts culturels ?

Finalement, il convient de rappeler que les rejets ou l’appropriation des transferts culturels peuvent également apparaître comme un des moteurs de la définition d’identités en Europe. Étudier leur exploitation progressive, voire leur instrumentalisation semble dès lors intéressant afin par exemple d’explorer davantage les idéaux régionalistes ou nationalistes, en opposition avec la définition même d’une aire architecturale européenne.

 

Cette journée d’études doctorales est organisée par Camille Lesouef, Pierre Coffy et Rafael-Florian Helfenstein, doctorants en histoire de l’architecture à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (HiCSA/ED 441 Histoire de l’art), sous la responsabilité scientifique des professeurs Jean-Philippe Garric et Philippe Plagnieux.

 

Modalités d’envoi des propositions :

Les propositions résumeront en 2500 signes l’argumentaire de la communication en précisant le titre de celle-ci, les sources qu’elle mobilise et ses points forts. L’ensemble est à envoyer au plus tard le 31 juillet 2018 à : espacearchitecturaleuropeen@gmail.com

 

Calendrier : Date limite d’envoi des propositions : 31 juillet 2018.

Date de la journée d’étude : lundi 17 décembre 2018 (Paris, INHA, salle Vasari).

[1]La notion a été proposée par Michel Espagne et Michael Werner pour décrire les échanges littéraires franco-allemands. Cf. Michel Espagne, « La notion de transfert culturel », Revue Sciences/Lettres [En ligne], 1 | 2013, mis en ligne le 01 mai 2012, consulté le 2 mai 2018. URL : http://rsl.revues.org/219.

[2] Voir notamment les travaux de Béatrice Joyeux-Prunel ,« Les transferts culturels. Un discours de la méthode », Hypothèses, Paris, Publications de la Sorbonne, 2003, 1 (6), p. 149-162 ; Les avant-gardes artistiques. Une histoire transnationale, 1848-1918, Paris, Gallimard, 2016 ; Les avant-gardes artistiques. Une histoire transnationale, 1918-1945, Paris, Gallimard, 2017, et de Michela Passini.

La fabrique de l’art national : le nationalisme et les origines de l’histoire de l’art en France et en Allemagne, 1870-1933. Paris, Éd.de la Maison des Sciences de l’Homme, 2012 ; L’oeil et l’archive. Une histoire de l’histoire de l’art, Paris, Éd. de la Découverte, 2017.

[3] Ce terme est emprunté à Sandro Mezzadra, voir L’Europe des Flux. Migrations, travail et crise de l’Union européenne, Paris, Eterotopia, 2017, où il s’applique cependant à des questions avant tout contemporaines.

 

 

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